
Nous savons tous que la vie est souvent loin d’être un long fleuve tranquille. Et si, comme l’a écrit Tolstoï, « les gens heureux n’ont pas d’histoire », que faire quand l’existence vous fait « vaciller » ? Certains tombent, hélas, d’autres relèvent. Et quand on est un artiste, on sublime ses failles pour mieux rebondir et « renaître de ses cendres ». C’est ce qui s’est passé pour Headcharger, qui du haut de ses 20 ans d’existence, a su se transformer sans se renier.
Bonjour Seb, bonjour Antoine, vous avez entamé une tournée et vous ouvrez ce soir pour Nashville Pussy au Petit Bain dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Seb : hyper serein, content et motivé de commencer cette tournée. On va enfin pouvoir défendre cet album qui le mérite amplement.
Antoine : idem. Les balances se sont bien passées, on est « confort » sur le plateau. Tout est prêt pour un bon concert. J’ai hâte d’y aller d’autant plus que c’est complet.
Vous avez sorti votre 8ème album, le groupe fête cette année vos 20 ans de carrière, heureux, fiers ou étonnés d’être encore là ?
Seb : heureux, fier étonné d’être encore là !
Antoine : heureux, fier et étonné d’autant plus que je ne viens pas du tout de cet univers musical. Mais je suis également hyper content de ce 8ème album. Nous sommes arrivés dans le groupe en 2019, lui comme guitariste et moi en tant que batteur, et c’est notre 2ème album avec Headcharger.
Seb : le plus drôle, c’est que David a commencé ici même, il y a 7 ans en remplacement d’Anthony (Josse) !
Quel a été le processus de création pour cet album et quelle a été la part qu’ont prise Antoine et David ? Qu’ont-ils « bousculé » ou inspiré ?
Antoine: Plein de choses ! Headcharger étant un groupe de rock, stoner, il y a beaucoup de basse et de guitares. C’est ainsi qu’on part souvent de riffs proposés par les David (Rocha et Vallet) ou de Romain. Ensuite, la composition se fait plus collaborative. On partage nos idées et on en discute très démocratiquement. On a réussi à trouver une cohérence avec nos 5 personnalités.
Seb : on a intégré David et Antoine , non pas « simplement » pour qu’ils reprennent le poste de guitariste ou de batteur, mais pour qu’ils nous apportent leur culture ! Et nous, il a aussi fallu qu’on se laisse bousculer !
Antoine : les choses se sont faites quand même naturellement et je pense que vous étiez en attente de ce renouveau !
Seb : clairement ! L’opus précédent ne s’appelle pas « Rise From The Ashes » pour rien. En effet, on n’arrivait pas à sortir quelque chose de concluant avant de bosser sur les titres de cet album! On s’était alors demandé si on n’avait pas fait le tour de la question, et si on ne devait pas arrêter !
Mais quand David et Antoine sont arrivés, ils nous ont foutu un gros coup de pied au « cul » dans la composition et dans la manière dont on pouvait se renouveler sans se renier. Il a été très intéressant d’intégrer leur vision tout en gardant notre sonorité. Pour moi « Sway » correspond à « Rise From The Ashes » en plus affirmé. Même s’ils étaient intervenus sur le précédent, c’est le premier album du groupe totalement composé à 5. Ce qui n’avait jamais été le cas avant.
Antoine : bien que le Covid nous ait empêché de tourner comme on aurait voulu pour « Rise From The Ashes » on a quand même fait des concerts, des répet’ et des résidences ensemble. Ce qui fait qu’on a appris à se connaitre et que c’est plus facile de travailler de cette ensemble et de cette façon.
Les thèmes que vous abordez sont-ils toujours aussi personnels ? Est-ce une forme d’exutoire ?
Seb : Complètement ! Je ne m’en suis jamais caché. On ne peut pas faire cette musique, graviter dans ce milieu sans avoir ce besoin d’exutoire. Il y a sans doute d’autres manières de l’exprimer, mais c’est la nôtre.
Même si les textes sont rédigés au second degré pour ne pas tout dévoiler, on écrit forcément sur nos expériences personnelles.
Dans cet album, les paroles suivent la musique et sont donc plus énergiques ; l’idée étant de vraiment accompagner l’ambiance des morceaux.
J’ai été assez surprise à la toute première écoute de cet album. D’abord par le chant saturé et bien rageur de Sébastien et par une plus grande présence de David en deuxième voix. Il y a une dualité et nombreux changements de rythmes entre hardcore, gros rock et des moments plus mélodiques voire presque prog comme Dance on Your Grave. Mais j’ai été très vite rassurée parce que j’ai retrouvé votre son : la voix de Seb, les riffs, le duo basse batterie toujours aussi efficace, un petit clin d’œil à Blake Diamond Snake avec Skip the Ground. Il y a donc ce va et vient entre ce qu’on connait et d’autres facettes que vous nous faites découvrir. Et puis il y a de grands moments avec Against The Storm cette ballade qui est au beau milieu de l’album, comme une pause, This Can’t Be Mine qui m’a scotchée avec une batterie presque tribale, et ces lignes de chant où Seb et David se répondent et Obsessed qui est incroyable par son début très mélodique et qui finit en apothéose ! Qu’en pensez-vous ?
Seb : tu viens de résumer ce pour quoi on a refait un album ! Pour moi, il n’y a rien de pire que la monotonie !
Antoine : c’est ce qu’on voulait explorer ! C’est aussi simple que ça !
ll y a eu un changement de line-up important, il y a 5 ans avec cette volonté de tous participer à la composition. Il me semble qu’avant, Babs et Rom étaient force de proposition principale, maintenant ça s’équilibre. Les influences de chacun s’expriment sur cet album encore plus que sur le précédent.
J’aime beaucoup ce côté tribal de This Can’t Be Mine qui est nouvveau pour nous. On recherche toujours cet équilibre, jusqu’où on peut aller sans renier notre héritage parce qu’il faut garder ce qui fait l’essence du groupe. Je suis hyper fan des groupes qui expérimentent, et même si on n’est pas un groupe expérimental, il y a une toute petite touche de prog comme tu l’as souligné. Ce qui me donne envie d’explorer d’autres terrains vierges pour le prochain album.
Seb : il faut se laisser faire ! Assez paradoxalement, les plus réticents aux changements ne sont pas ceux qu’on pourrait croire ! Ce sont peut-être Antoine ou David qui vont dire « Là on va trop loin » ! Mais pourquoi s’en priver à partir du moment où on garde notre identité ! Franchement, ça ne m’intéresse pas de sortir des albums pour se répéter.
Est-ce qu’en fin de compte cet album n’est pas une sorte de « synthèse » de toutes ces années et en même temps une ouverture vers d’autres choses à explorer ?
Seb : en tous les cas c’est la synthèse de ce qu’on est aujourd’hui ! Quelque chose de plus décomplexé.
Antoine : je parlerai d’une étape plutôt. J’ai beaucoup de respect pour nos prédécesseurs qui étaient d’excellents musiciens, mais on n’a forcément pas la même façon de jouer quand on change 40 % des personnes, qui ont des tempérament et des idées différentes.
Seb : On a décidé de travailler avec Antoine, même si on ne s’était jamais rencontré avant, parce qu’il vient d’un autre univers. On avait besoin et envie de cette différence.
David était quelqu’un qu’on connaissait depuis plusieurs années. Il avait déjà remplacé Anthony sur certaines dates et on savait vraiment où on allait avec lui.
Antoine : « P’ti Dave » était le chanteur, le guitariste et le compositeur principal de Noïd. En l’intégrant avec tout son bagage, vous vous doutiez bien qu’il arriverait avec quelques idées dans sa besace.
Seb : cela fait très longtemps que j’avais très envie de faire des choses à deux voix. Je ne supporte pas les problèmes d’ego dans un groupe. Chacun doit être au service des morceau et non l’inverse. C’est pour ça que je trouve qu’il aurait été dommage de se priver de la voix de Dave. C’est pourquoi certains morceaux sont presque des duos et qu’il est de plus en plus présent dans le mix,
Ce n’est jamais arrivé dans nos albums précédents mais je trouve que les sonorités de celui-ci pourraient se rapprocher de quelque chose comme Deftones. C’est sûrement vers cette manière de composer et d’intégrer d’autres éléments dans notre musique qu’on va essayer de tendre à l’avenir.
Est-ce que ce n’est pas votre force finalement et votre marque de fabrique d’être trop rockeurs pour les métalleux et trop metal pour les rockeurs ? N’est-ce pas le but tout simplement de faire du Headcharger ?
Seb on fait la musique tous les 5 comme on est. Aujourd’hui on joue avec Nashville Pussy, la semaine dernière on était avec Dagoba et la semaine suivante on sera peut-être avec Slayer !! (rires)
Antoine : j’ai découvert ces différences en intégrant le groupe. Les affiches et les lieux dans lesquels on joue sont parfois très contrastés. On fait très « rockeurs » quand on est dans des festivals de metal, qui sont très codés, avec une très forte esthétique. On n’a pas le même son, les mêmes codes, on est habillés différemment, et on transmet autrement notre énergie.
Quand on se retrouve sur des scènes « plus actuelles », on a l’impression d’être des sauvages, par rapport à des groupes plus « rock ». Parce qu’on a du gros son, de gros amplis, qu’on joue fort à la batterie ! J’ai la sensation d’être entre ces deux mondes sans vraiment appartenir ni complètement à l’un ou à l’autre. Cette question ne se poserait pas vraiment à l’étranger, parce que la France n’est pas le pays le plus rock ou metal !
On va parler de votre universel visuel pourquoi avoir fait quelque chose de très différent de ce que vous aviez fait jusqu’à maintenant !
Seb c’est une question très intéressante. Nous n’étions pas tous d’accord, le moi le premier, sur le choix de l’artwork et des visuels. Celui qui tenait le plus à défendre son projet, à aller jusqu’au bout des choses, a fini par gagner l’adhésion de tous. Aujourd’hui, je trouve que la manière dont il a été fait, dont il a été présenté et dont il est décliné est hyper cohérente, et je suis hyper convaincu et prêt à l’assumer.
Antoine cet artwork a effectivement ce côté un peu futuriste, SF. Et si, nous n’étions pas, en effet, tous d’accord au départ, on trouvait qu’il avait le mérite, de traiter ce thème de « Sway » qui veut dire vaciller. En effet, cet album a été composé sur 3 ans, ce qui est long pour les quarantenaires que nous sommes. Il y a eu des moments où on s’est retrouvés, d’autres moins, des périodes pendant lesquelles on avançait très vite, d’autres pendant lesquelles c’était plus compliqué.
C’est ainsi qu’on peut élargir cette histoire de progression que représentent les chemins de la pochette à l’histoire du groupe qui fête ses 20 ans. Finalement, la thématique de cet album c’est qu’il y a eu plusieurs périodes, plusieurs musiciens, et si la flamme a certes vacillé, elle est toujours là, toujours chaude et intense.
Cela veut dire que ce titre de « Sway » après « Rise From The Ashes parle d’une renaissance qui n’est pas confirmée !
Seb : tant mieux ! C’est ce qui nous maintient ! C’est le thème de l’album. On assume nos failles parce que ce serait ridicule de vouloir les fuir.
Antoine : l’artwork exprime très bien cette notion de vaciller que tu l’évoquais tout à l’heure. Ça rejoint les contrastes qu’on a mis en dans cet album.
L’un des clip que vous avez réalisé en découle directement, l’autre est au contraire, très dépouillé. Pourquoi ?
Seb : ce sont Antoine et Eddy du Brewster studio qui les ont réalisés. Le premier l’a été avec l’aide de l’IA et on décidé de faire l’extrême inverse pour le deuxième pour rester dans ces contrastes, et cette dualité. Il y a peu d’effets spéciaux, principalement des jeux de miroirs sur The Sun and The Sky. Et les décors naturels s’imposaient avec ce titre !
Antoine ils ont fait un travail incroyable !
L’enregistrement s’est fait Swan Sound Studio avec les mêmes personnes.
Seb : avec Guillaume Doussaud qui est réellement et je ne cesse de le dire, le 6e membre du groupe. On travaille avec lui depuis plusieurs albums et il n’est pas seulement là pour pousser des boutons mais pour nous donner sa vision artistique qui est souvent très à propos. Et comme on se connait bien, on a confiance en lui, même si on sait lui dire quand on n’est pas d’accord.
Antoine plus particulièrement sur cet album parce qu’on lui a donné une vraie place dans l’arrangement. On a repris les quelques propositions qu’il a pu nous faire dans la composition et ça nous a permis d’avoir un avis extérieur. On a vraiment confiance en lui et c’est le partenaire idéal.
Avez-vous quelque chose en plus à dire que je ne vous ai pas demandé ?
Seb allez sur les réseaux sociaux, il y a toute notre actu et toutes nos dates. Et si vous avez aimé l’album c’est impossible de ne pas aimer le live de cette tournée.
Retrouvez notre article à propos de la tournée du groupe : https://loudtv.net/headcharger-annonce-les-premieres-dates-de-sa-tournee/
Retrouvez le groupe sur sa page facebook : https://www.facebook.com/headchargerband





