Live Report – Motocultor Festival 2025 – Vendredi 15 août
Le deuxième jour du Motocultor s’est ouvert sous de très bons auspices : le site respire, et nous aussi de facto, l’ambiance est détendue et les festivaliers affichent de larges sourires. On a bien entendu quelques festivaliers se plaindre du nouvel agencement du site, mais sincèrement, l’espace est maitre, ce qui est plus qu’appréciable.
L’affiche du jour, plus dense et variée, promet de satisfaire toutes les oreilles. La poussière s’élève déjà dans les allées (et croyez-moi, on en a bouffé), mais le climat reste agréable et propice à belle et longue journée de fest’.
Beaucoup (oui je parle surtout de votre équipe Loud TV) en profitent pour explorer les stands de restauration, dont l’offre, si elle propose des prix standards pour un festival, déçoit parfois par une qualité assez moyenne, seul point un peu en deçà du fest’.
Un début de journée extrême au Motocultor
La journée de vendredi s’est ouverte avec Houle, formation parisienne de black metal atmosphérique. Leur musique, inspirée par la mer et ses abysses profondes, a immédiatement plongé le public dans le thème. Je les avais vus au Hellfest en 2024 et j’avais été déroutée. Non pas par la prestation mais par la prestance vocale, que j’avais du mal à identifier. Si cela n’a pas changé, les compositions de Houle, qui ont un côté très poétique, ont su capter l’attention des festivaliers encore dispersés à cette heure-là.
Le contraste a été un peu brutal lorsque Benighted a pris possession de la scène. En même temps, il faut dire que quand Julien Truchan débarque sur scène, il fait pas rire les mouettes, pardonnez moi l’expression. Avec leur deathgrind très intense, les Stéphanois / Lyonnais ont transformé le public en une horde de bêtes sauvages. Le nuage de poussière s’est quand même transformé en tempête sur le passage de Benighted. Julien, fidèle à lui-même, a mêlé humour et brutalité musicale, rendant l’expérience à la fois très douce et très violente, qui doit certainement faire écho à sa vie professionnelle, dont il a d’ailleurs parlé en conférence de presse. Le public, compact et déchaîné, a répondu présent.




Dans un registre encore plus radical, Sublime Cadaveric Decomposition a ensuite déversé son grindcore sans fioritures. Avec leur énergie crue et leur brutalité frontale, les Parisiens ont livré un set sale, rapide et violent, qui a galvanisé les amateurs du genre. Un passage qui a laissé le public couvert de poussière, les oreilles pleines d’acouphènes mais le sourire aux lèvres. En deux mots : simple et efficace.


La relève britannique s’est ensuite illustrée avec Heriot. Le mélange abrasif de sludge, de hardcore et de metal industriel a apporté à cette journée un premier tournant. Debbie Gough, chanteuse plus que dynamique, porte une intensité scénique impressionnante, pourtant d’une simplicité déconcertante. En ce qui me concerne, j’ai découvert Heriot. Nul doute que le groupe s’impose déjà comme un nom incontournable de la nouvelle génération extrême. Une prestation « coup de poing » brève mais marquante.




Puis, Imperial Triumphant a offert un tout autre voyage. Avec leurs masques dorés et leur esthétique décadente, les New-Yorkais ont proposé une performance aux frontières du blackened death metal et du jazz expérimental, ce qui n’est pas sans me déplaire. Leur musique, complexe, a fasciné une partie de l’audience tout en en laissant d’autres complètement désarçonnés. Un beau mélange avant-gardiste qui confirme selon moi le statut d’Imperial Triumphant (qui fête déjà ses 20 ans) dans la scène extrême contemporaine.
Un retour aux fondamentaux a suivi avec Benediction, véritables vétérans du death metal britannique. On les a interviewés un peu plus tôt dans la journée et je peux vous garantir qu’on ne s’est pas ennuyés chez Loud TV ! Les Anglais sont très imposants, dans tous les sens du terme. Et c’est assez dual : bons vivants et déconneurs en interviews (on aurait eu envie de boire une bonne bière avec eux), le charisme s’impose naturellement sur scène. Alors oui, c’est un peu sale mais Benediction sonne comme un rappel de l’âge d’or du death metal, offrant une prestation solide et sans concession.





Le voyage s’est poursuivi avec Darkenhöld, formation française qui mêle black metal traditionnel et atmosphères médiévales. Leur set a été une immersion dans un univers de forteresses oubliées et de légendes anciennes, porté par des riffs tranchants et des ambiances épiques. Sans artifices superflus, le groupe a su captiver par la cohérence de son esthétique et la force évocatrice de ses compositions, offrant un moment à la fois sombre et envoûtant.





L’Italie en force au Motocultor
On arrive enfin au groupe que j’attendais cette année au Motoc’. Un groupe que j’écoute depuis plus de 20 ans, dont je maitrise 2 albums et dont la leader, Cristina Scabbia, est d’un charisme transcendant : Lacuna Coil. Je les avais vus au Hellfest en 2022. J’avais adoré le set malgré l’horaire peu flatteur. Au Motoc’, Lacuna Coil a apporté la touche mélodique à cette journée dominée par l’extrême. Cristina, rayonnante comme à son habitude et impériale au chant, a dialogué avec Andrea Ferro dans une alternance maitrisée, même s’il semble qu’il ait été moins audible que sa bandmate.
Petit regret me concernant malgré un super show : la setlist, composée de 13 chansons extrêmement récentes pour la plupart. Assez peu de Karmacode ou de Comalies. Alors oui, je sais… il faut avancer. Mais pour un festival, on attend quand même plus de classiques. Là, seul Enjoy the silence et la version 2025 de Heaven’s a lie ont trouvé leur place dans ce set. Bien sûr, le groupe est en tournée et ne peut pas refaire ses setlists à l’infini. Dans tous les cas : une valeur sure en live !









On reste en Italie mais on monte d’un cran en matière d’intensité avec… Fleshgod Apocalypse. Les Italiens baroques du death metal symphonique ont littéralement embarqué tout le monde avec eux dans leur opéra metal. Si vous avez raté le show, vous avez raté votre journée ! Costumes théâtraux, mur de son impitoyable, piano dompté par un Francesco Ferrini surdoué et prestance vocale époustouflante made in Veronica Bordacchini : c’était pour moi THE concert de la journée. Fleshgod Apocalpse a clairement rendu un hommage vibrant à Opera, son opus sorti en 2024.
Une fin de soirée bien énervée pour clore un deuxième jour du Motocultor
L’un des moments les plus attendus de la journée, je suppose, était la venue de Kerry King, figure emblématique de Slayer, au Motocultor. Son projet solo qui tourne régulièrement depuis quelques années a réveillé la flamme thrash metal dans le cœur de bon nombre de festivaliers, en proposant un set mêlant nouvelles compositions et références à l’héritage de son groupe culte. Souvent (et ça semble avoir été le cas à Kerampuilh), le public est conquis et préfère même KK à Slayer. En ce qui me concerne, je suis trop attachée à Tom Araya… Mark Osegueda (Death Angel) fait très bien le travail évidemment mais, trop de ressemblance à mon gout.
Plus tard, la tension est retombée grâce à Sólstafir, venus d’Islande avec leur rock atmosphérique teinté de post-metal. Si vous ne connaissez pas (et c’est que vous avez pas lu ma chronique sur Loud TV, pas bien : Sólstafir : chronique de Hin Helga Kvöl (2024) » Loud TV… foncez). Leur prestation a été une parenthèse envoûtante et mélancolique, marquée par des envolées hypnotiques et des atmosphères glaciales. Les festivaliers, bercés par cette parenthèse poétique, ont trouvé là une respiration bienvenue au cœur d’une programmation très extrême. A noter que le show n’en était pas mou pour autant. Aðalbjörn Tryggvason, leader du groupe, s’est d’ailleurs offert un bain de foule effréné.
Le clou du spectacle est arrivé avec Dimmu Borgir, véritables maîtres du black metal symphonique. Leur mise en scène monumentale, soutenue par des flammes, des costumes et une présence théâtrale écrasante, a transformé le festival en une cérémonie des enfers. Shagrath, charismatique et dominateur, a mené son auditoire dans une plongée au cœur de la noirceur orchestrale. Le public, conquis, a vibré au rythme de ce spectacle total, à la fois grandiose et terrifiant. Pourtant, Dimmu en live, c’est souvent un peu en deçà des albums. Eh bien… voici de quoi me faire revoir ma copie. La setlist était top (avec un Interdimensional Summit d’entrée de jeu, de quoi me réjouir. Encore désolée à Mehdi pour lui avoir cassé les oreilles sur cette chanson).
Enfin, la soirée s’est conclue avec Forbidden, légende du thrash metal de la Bay Area, à retrouver en interview très bientôt sur Loud TV ! Leur retour sur scène a fait l’effet d’un choc électrique. Les riffs incisifs, la rapidité des tempos et l’énergie intacte du groupe ont rallumé la flamme du thrash originel. Le show a été dédié à Greg Day, Tour Manager, qui a connu quelques drames familiaux la veille.
Bon, vous l’aurez compris… après cette deuxième journée intense, le Motocultor a à nouveau prouvé sa capacité à mêler diversité et extrême, en alternant découvertes percutantes et légendes confirmées.
Site du Motocultor : https://www.motocultor-festival.com/





