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Torve de « Woest » nous parle de l’album « Vomir à Outrance »

Woest © Axelle Garnier
Woest © Axelle Garnier
Wouest : quand Vomir à Outrance marie la poésie noire et le  Black Metal industriel

Il y a quelques semaines, j’ai échangé avec Torve, chanteur et auteur de Woest, autour de leur nouvel album « Vomir à Outrance ». Une discussion où se croisent musique, littérature et philosophie, à l’image d’un disque aussi radical que réfléchi.

Derrière son titre provocateur, l’album est une mise à nu, explorant le vide, le deuil et la rage dans un black metal oppressant et expérimental. Woest y mêle brutalité, profondeur entre Lautréamont et Nietzsche, pour faire émerger une poésie sombre et abrasive.

Rencontre avec un projet hors norme, qui prouve que l’on peut marier la brutalité sonore à l’exigence poétique.

 Bonjour Torve, merci de répondre aux questions de Loud TV. Peux-tu me présenter Woest en quelques mots s’il te plait ?

Nous sommes un groupe de black metal industriel, originaire de Marseille, qui est né en 2016. On revient  avec « Vomir à Outrance » après quelques années d’absence.

D’où ce très bel accent (sourires). Votre nom vient de Robert Howard (Conan le Barbare) et rejoint la phrase de votre bio : « La civilisation n’est pas naturelle elle résulte simplement d’un concours de circonstances ». Cet album est-il une dénonciation, un exutoire, une provocation ou simplement un constat ?

Je choisirais plutôt un constat. Même si nous avons beaucoup évolué depuis les début du groupe.

Robert Howard fait partie des auteurs qui m’ont marqué et je rejoins tout à fait son constat pessimiste de la civilisation et du genre humain.

Au vu de l’actualité, vous n’avez pas tout à fait tort ni l’un ni l’autre !

En effet. Et aujourd’hui Internet fait qu’on peut encore mieux constater la récurrence des crises.

Le groupe a bénéficié de l’aide de « Dæmonicreator » pour la composition et la programmation. Il est en quelque sorte le 5ème membre du groupe ? Comment se passe le processus de création chez vous ?

Oui, c’est tout à fait ça, même si Dæmonicreatorn’apparaît pas en live.

Nous composons est un peu « façon puzzle ». On propose des riffs, on les arrange pour en faire une compo, et c’est remouliné après être passé dans la machine de « Dæmonicreator ». Puis on revient dessus en répét’. Ça fait qu’il y a souvent un fossé entre le morceau initial et le résultat final. Le travail est collectif et on essaye de faire en sorte que tout le monde participe, sans qu’il y ait vraiment de « chef d’orchestre ». Ce qui nous a permis de prendre notre temps et du recul sur notre travail.

Cet album commence par une intro qui pourrait être la BO de la fin du monde. On se retrouve plongés dans un black metal indus avec des riffs acérés, lancinants, on a des moments de calme un peu trompeurs, d’autres d’angoisse, on a des envolées furieuses, on a des samples électroniques et des instants de dissonance. Il  a même des instants incantatoires ! On entend des alternances de chants, entre clair et enragé, voire démoniaque. Et on finit sur une évocation de la pluie, dans « Ode à la pluie » et « Hide and Track ». Est-ce  la pluie qui lave de tous les péchés ?

Je ne sais pas le péché existe, ou si la pluie le lave ou le salit encore plus ! Mais effectivement, c’est le morceau le plus désespéré de l’album et le plus doomesque ! Le côté ASMR du sample de pluie permet de reprendre son souffle et on trouvait que c’était une belle conclusion.

Du coup, comment définirais-tu ton album ?

Pour moi, c’est un album introspectif, cathartique et dépressif.

La majorité des membres du groupe sont citadins. On a donc voulu poser une ambiance qui se rapproche de celle de la ville par le biais de l’industriel. Ça donne cet aspect anxiogène, urbain, de remise en question, de souffrance et de toutes ces choses négatives qui peuvent passer par la tête à certains moments de nos vies.

Tu es l’auteur des textes dans lesquels tu abordes des sujets personnels. Le constat est dur, on a un sentiment d’impuissance face à la mort et au destin. Le langage est cru, parfois blasphématoire mais il n’est pas dénué d’une certaine poésie. Pourquoi cette mise à nu ? 

Ça vient du deuil et d’une période douloureuse de ma vie qui ne me laissait pas trop de place pour parler d’autres choses.

Je trouve que le black metal est un bon vecteur pour ce genre de thématique. C’est pour ça que j’ai décidé d’écrire sans me retenir et peut être sans manquer peut être de pudeur.

Ces sujets sont à la fois intimes et universels. En tant qu’artistes, vous avez la capacité de les exprimer et d’offrir à vos auditeurs et spectateurs la possibilité de se les approprier et de les partager.

En effet, j’ai utilisé, pour cet album, le côté thérapeutique et la liberté que l’art peut offrir.

Cet album m’a beaucoup plu, même s’il ne s’adresse pas forcément à toutes les oreilles — vos textes sont particulièrement crus. Pourtant, on y trouve aussi une vraie poésie dans le choix des mots et l’écriture. Est-ce que ce contraste était intentionnel ?

Oui. J’aime la poésie et j’aime écrire. J’écoute beaucoup de rap français et encore pas mal de punk. Je trouve que, paradoxalement, le métal reste parfois assez policé dans les textes et qu’il manque parfois de provocation malgré sa brutalité musicale.

Woest artwork
Woest artwork
Il y a aussi beaucoup de références littéraires et philosophiques dans tes textes : Robert E. Howard, Lautréamont, Nietzsche avec l’amor fati. Comment ces influences s’intègrent-elles dans ton écriture ?

Mon processus d’écriture est assez long. Je trouve que le français sonne parfois mal dans le rock, c’est pourquoi je commence par travailler la musicalité des mots avant même d’écrire le texte. Au départ, ça ne ressemble pas à grand-chose. Puis je tisse progressivement un fil narratif, pour donner forme à cette matière d’abord abstraite. J’y glisse de la symbolique, des résonances, afin que chacun puisse y projeter le sens qu’il souhaite.

C’est Lazarus notre bassiste qui a choisi Lautréamont. Ce passage parle de la stagnation, de la décomposition et collait parfaitement à la thématique du morceau. Nietzsche est un philosophe que j’ai pas mal lu et qui m’a beaucoup intéressé pendant des années.

Il m’a ouvert des horizons vers lesquels je ne serais pas allé moi-même. On peut effectivement retrouvez son lexique sur plusieurs morceaux. Mais je voulais que ce soit subtil.

C’est pour ça que c’est important de chanter en français ?

Oui, j’aime le français. Ça fait longtemps que j’écoute de la musique en français, et je m’y sens plus à l’aise. Je sais que l’anglais me limiterait. Le black metal offre justement cette liberté, et beaucoup de groupes l’explorent déjà dans ce style.

 

Je trouve que l’alliance de la richesse du français et de sa musicalité est réussie, parce qu’on m’a souvent dit en interview que l’anglais est plus musical.

L’anglais semble plus musical car on est habitué à écouter du rock dans cette langue, tandis que le français était d’abord associé à la variété et à la musique à texte. Certes, l’anglais permet des phrases plus courtes, mais cela reste une question d’habitude. Par exemple, aujourd’hui, personne ne trouve étrange le rap français, alors qu’au début, des groupes comme NTM ou Assassin tentaient d’imiter le style anglais. Au fil du temps, un véritable travail de musicalité a permis au rap français de s’imposer comme une norme.

Pourquoi avoir choisi de tourner vos clips en noir et blanc ?

C’est un choix esthétique. Pour moi, le black metal c’est noir et blanc et il n’y a pas de couleurs !

Comment s’est faite la rencontre avec Source Atone Records ?

Nous avons rencontré Krys, l’un des responsables du label, lors de concerts avec nos groupes respectifs. On savait qu’il appréciait ce que l’on faisait. On avait repéré Salo, un groupe signé chez eux, qui mélange hardcore, crust et un côté black. Ils chantent en français, et nos thématiques se rejoignent. Je pense qu’on peut faire partie de la même famille musicale que ce genre de groupes.

Leur sélection est ouverte et qualitative. Ils ont une certaine cohésion esthétique et ne cherchent pas à faire que du black metal ;

Nous arrivons à la fin de cette interview. Je te laisse le dernier mot. 

Suivez nous sur les réseaux sociaux, et venez nous voir en live.

Nous avons déjà fait quelques dates et d’autres vont se rajouter notamment le Witch’s holloW FESTIVAL le 28 mars.

Rendez vous est donc pris.

Retrouvez notre article à propos du clip précédent du groupe : https://loudtv.net/news/woest-partage-un-extrait-de-vomir-a-outrance/

POUR SUIVRE WOEST
Facebook : www.facebook.com/woestband
Instagram : www.instagram.com/woestband
Youtube : www.youtube.com/@woestblackmetal4962

Pour aller plus loin :

Robert E Howard : https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_E._Howard

Lautréamont : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lautr%C3%A9amont

Les Chants de Maldoror : http://www.florilege.free.fr/florilege/lautream/chantqua.htm

Yvan Francis Le Louarn dit Chaval :  : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaval

 

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