Abduction nous parle de l’album : « Toutes blessent, la dernière tue »

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ABDUCTION_TOUTES_BLESSENT
ABDUCTION_TOUTES_BLESSENT

D’aussi loin qu’on se souvienne, la musique a toujours accompagné le cœur et l’âme des hommes. Elle chanta leurs exploits guerriers et leurs défaites, raconta leurs conquêtes et sublima leurs amours quand elles furent courtoises. Ainsi, lorsque le metal et l’Histoire se marient, ils donnent naissance à un album qui conte l’histoire de l’humanité, le passage du temps et l’éternité. Qui mieux que François Blanc, le chanteur d’Abduction, pouvait vous parler du quatrième album du groupe.

Bonjour François, Abduction sort son 4ème album, peux-tu me présenter le groupe et son histoire ?

Le groupe a été fondé en 2006 par notre guitariste Guillaume Fleury. Le décès de Jon Nödtveidt, le leader de Dissection dont il est un fan absolu l’a beaucoup marqué et lui a donné envie de fonder Abduction. Un premier EP “Height’s Shivers” est sorti en 2010 en auto production. Je suis arrivé dans le groupe en 2011 en remplacement de Guillaume Roquette (qui est actuellement dans Hilde). On a sorti notre premier album « Une ombre régit les ombres » en 2016, et par la suite un opus tous les deux ans.

Pourquoi ce nom d’Abduction ?

Il a plusieurs sens : en ufologie c’est l’enlèvement par des extraterrestres. Une autre signification est aussi un enlèvement, mais de l’âme par une entité supérieure. Ce côté mystique nous fait rêver

Ce nom nous semblait tout indiqué pour illustrer les thèmes majeurs du groupe que sont : le passage du temps, le rapport à la mort et à l’éternité.

Pourquoi ce titre d’album : « Toutes blessent, la dernière tue »

C’est une définition que l’on trouvait sur les cadrans solaires : chaque minute, chaque heure nous rapproche de la mort et la dernière finira par nous avoir !

L’une des obsessions d’Abduction étant le passage du temps, on trouvait la formule très belle. C’est presque la devise d’Abduction.

Comment se passe le processus de création chez vous ? Qui écrit, qui compose et qui influence l’autre ?

Comme sur les albums précédents, c’est Mathieu notre bassiste qui a écrit les textes (à part « Dans la Galerie des Glaces écrit par Guillaume). Ce dernier commence à écrire la musique en pensant à un thème. Il le donne à Mathieu, ils en discutent, Guillaume finalise sa musique et Mathieu vient poser son texte dessus. C’est la composante forte du groupe : le thème et la musique doivent fonctionner ensemble. Cependant, c’est Guillaume qui est dépositaire de l’identité du groupe. C’est lui qui nous donne son assentiment sur nos propositions parce qu’il sait si « c’est Abduction », et il sait comment ça doit sonner.

Il a souhaité que ce quatrième album soit plus collaboratif, ce qui fait que Mathieu et moi avons pris en charge l’écriture des lignes de chant. Elles sont différentes des autres albums parce que Mathieu aime beaucoup les vieilles ritournelles françaises des années 20/30. Pour ma part, j’ai écrit certaines lignes de chant clair et certains découpages des chants extrêmes.

Plus le groupe avance, plus notre travail deviendra participatif parce qu’on a compris ce qu’aimait Guillaume et que l’identité du groupe se précise à chaque sortie.

Vous avez choisi de chanter en français.

C’est très important pour moi. Ce sont la beauté des textes de Mathieu et l’univers d’Abduction qui m’ont donné envie d’intégrer le groupe. Par contre, pour le chanteur que je suis, la mise à distances de nos textes est très difficile. Les mots de Mathieu deviennent les miens, je les vis et les ressens intensément. J’ai été profondément bouleversé par notre album précédent. Chanter en français, le destin de « Jehanne » a été extrêmement touchant et intense. Ça a été comme une mise à nu et ça empêche parfois toute forme de distance.

Pourquoi cette obsession pour l’histoire et le temps qui passe ?

La culture et l’histoire de France regorge de personnages riches et d’histoires qui donnent envie d’être racontées. Comme on pense beaucoup au temps qui passe, on essaye des raconter des histoires qui nous ont émues et touchées et de transmettre des émotions.

Disparus De Leur Vivant parle du retour des soldats de 14/18 ; de leurs traumatismes et de la difficulté de leur réinsertion dans la vie civile à l’aube des Années Folles. Une partie du texte parle de ces ouvriers qui ont été envoyés au front et qu’on renvoie à l’usine sans autre forme de gratitude.

Carnets Sur Récifs raconte l’épopée des premiers aviateurs qui transportaient le courrier et qui s’abimaient dans les glaces. C’est un thème très fort qui raconte leur solitude dans l’immensité arctique et la fébrilité de l’arrière-front qui ne reçut jamais ces lettres.

Toutes blessent, la dernière tue est une réflexion fataliste, sur la marche et l’évolution de l’histoire. Ou quand la révolte des opprimés emporte tout sur son passage et génère ses propres injustices.

Dans la Galerie des Glaces parle du développement personnel et de ses dérives négatives et narcissiques qui font que des personnes finissent par s’enfermer dans leurs « galeries des glaces ».

Contre Les Fers Du Ciel parle de Cyrano de Bergerac.

Cent Ans Comptés parle d’une personne qui a vécu 100 ans entre la fin des guerres napoléoniennes et la Première Guerre Mondiale.

Les heures impatientes est un texte très touchant et qui a beaucoup de sens pour nous. Il parle de la maladie d’Alzheimer en faisant un parallèle avec le mythe grec du Fil d’Ariane.

Comment qualifierais-tu votre musique ? Black metal progressif, atmosphérique, je l’ai même vu qualifié « d’automnal » ?

J’aime bien cette étiquette « automnal » mais ça ne dit pas grand-chose de notre musique. C’est vrai qu’on adore le spleen ultra inspirant de cette saison et la triste chute des feuilles qui correspondent bien à nos humeurs mélancoliques.

Je préfère black metal progressif même si c’est incomplet. Mais l’auditeur peut s’attendre à retrouver nos racines black metal, le côté progressif des structures perpétuellement changeantes et des signatures rythmiques un peu complexes, de l’alternance des chants et de notre dimension théâtrale. Ce n’est pas la meilleure étiquette du monde mais c’est celle dans laquelle je me retrouve le plus.

Les morceaux sont assez longs ce qui permet d’installer votre univers et chaque histoire. Il y a du lyrisme et de la chanson de gestes notamment avec les parties claires, et de beaux moments instrumentaux. J’aime beaucoup cette alternance de rythmes avec ces moments plus reposants. Qu’en penses tu ?

C’est un beau compliment, merci beaucoup. On aurait du mal à faire des refrains dans Abduction parce qu’on raconte des histoires, et il est rare que des choses reviennent dans un récit. Guillaume aime bien écrire des morceaux à tiroirs, il aime tenir l’auditeur en éveil et le surprendre. Ce côté narratif est notre ADN, alors : chanson de gestes, oui pourquoi pas !

Parle-moi du morceau « Par les Sentiers Oubliés » c’est le morceau le plus court, instrumental avec des chœurs. Il est positionné au milieu de l’album comme un répit, une respiration.

Oui, tout à fait, il est pensé comme une respiration, c’est pourquoi il placé à cet endroit.

Comment vous est venue l’idée de la création du bas-relief représentant votre logo pour le clip « Dans la Galerie des Glaces » ?

C’est un cadeau d’Arthur Bourson, qui nous a beaucoup touché. Il est tailleur de pierre de métier et a découvert le metal extrême à travers notre album « Jehanne » pour lequel il a eu un coup de cœur. Il a eu l’idée de se filmer pendant son processus de création et on en a fait le clip. Ce bas-relief est devenu une part importante de notre histoire et il permet également de mettre en avant son travail.

 

Vous avez fait de cette reprise de Mylène Farmer un vrai court métrage.

Oui, comme ses clips qui ont un côté très narratif. C’est l’artiste française préférée de Guillaume, et Allan est son morceau favori.

On n’a pas touché à ce texte qui fait référence à Edgar Allan Poe. C’est un de nos écrivains favoris et son univers est assez proche du notre.  Mais pour nous, faire des reprises ce doit être une réappropriation d’un morceau rock dans notre univers musical. Guillaume a donc fait un travail de réadaptation de la musique et comme il est très fan du cinéma des années 40, on a trouvé que ce morceau avait un potentiel visuel qui se prêterait à un clip. On a loué le château du Plessis-Bourré pendant 2 jours. Et on a tourné notre vidéo, avec une petite équipe et un peu d’appréhension parce que ce n’est pas notre métier. Ça a été une très belle expérience, très intense et surtout faite avec tout notre cœur.

Votre artwork est, à la fois magnifique et énigmatique, (par son décor un mausolée en plein cœur d’un forêt profonde) et plein d’espoir (parce que le tombeau est ouvert : est-ce une résurrection ? D’où vient ce tableau ?

C’est une très bonne interprétation et tu as employé deux mots importants : magnifique et énigmatique.

Il faut savoir que le choix de la pochette intervient très vite dans le processus de création et est indispensable au travail de Guillaume. Il ne peut pas avancer sans avoir choisi un visuel.

C’est un tableau du peintre Hubert Robert qui s’appelle « La promenade solitaire » et qui date de 1777. Il illustre parfaitement notre propos, et notamment le morceau « Par les sentiers oubliés » dont tu parlais. On imagine la jeune femme rêveuse, déambuler dans cette forêt. A la fin du morceau plus intense et mélancolique, elle tombe sur ce mausolée et on ne peut qu’imaginer les questions qu’elle se pose.

Abduction - Toutes blessent, la dernière tue
Abduction – Toutes blessent, la dernière tue

Vous avez enregistré avec Dehà que vous considérez comme le 5ème membre du groupe. Comment cela s’est-il passé et que vous a-t-il apporté de plus ?

C’est un ami qui nous l’avait recommandé en 2016 lorsqu’on galérait sur notre premier album. On a travaillé à distance avec lui, et ça a matché tout de suite. Il peut composer très rapidement, il joue de plusieurs instruments, et il est très bon chanteur. C’est quelqu’un de précieux dans notre vie. Nous avons beaucoup progressé ensemble et il s’investit à chaque fois comme si c’était son propre groupe.

Comment allez-vous défendre cet album, aurons-nous la chance de vous voir en concert et comment allez-vous retranscrire toute cette identité visuelle ?

Nous n’avons malheureusement pas encore eu l’occasion de faire de concerts, pour des raisons de logistiques, de temps et d’éloignement géographique. Même si on aspire à jouer en live, nous avons privilégié pour le moment la création artistique.

On espère en faire en 2024. Il faudra qu’on soit au moins 3 guitaristes sur scène pour rendre la richesse de notre album. On va essayer d’avoir des décors et des costumes de théâtre pour coller à notre univers et emmener les auditeurs dans notre monde. Les textes, la musique et l’identité visuelle sont indissociables pour nous.

 

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