SVBMARINER – Another Rotation : L’album de vos tempêtes intérieures

On ne va pas y aller par quatre chemins. La rentrée est là, la météo commence à faire grise mine, et vous sentez déjà poindre cette petite déprime saisonnière familière ? Parfait. J’ai exactement ce qu’il vous faut. Oubliez les sorties joyeuses et les hymnes de festivals estivaux, on part sur tout autre chose.
Le quatuor français SVBMARINER s’apprête à lâcher son deuxième album, Another Rotation, ce 18 septembre 2026. Et autant vous le dire d’emblée : c’est le disque idéal pour satisfaire mon petit cœur de dépressive chronique.
Imaginez le tableau : vous êtes seul chez vous, la lumière est tamisée au strict minimum, un feu crépite dans la cheminée. Vous êtes confortablement lové dans votre plaid préféré avec une petite tisane bien chaude entre les mains. C’est très exactement pour ce type de moments suspendus que Another Rotation a été conçu, en tout cas, c’est exactement comme ça que je vais consommer cet album sur ma vieille Marlux MX-560.
Un clair-obscur intime et sans fioritures
Je ne vais pas vous assommer ici avec une liste longue comme le bras d’influences évidentes. Vous les connaissez, on les connaît, le dossier de presse les cite, on ne va pas réinventer la roue des comparaisons. Ce qui compte, c’est ce que le groupe propose par lui-même. Avec ce nouvel opus, SVBMARINER déploie un post-metal en clair-obscur, une musique qui prend son temps, qui s’installe lourdement mais sans jamais vous étouffer. C’est prog, c’est doom, c’est beau, c’est puissant et cette voix…
Le line-up, composé de Guillaume Pillitteri (chant et guitares), Yome Venice (nouvellement arrivé aux guitares), Vincent Boyer (basse) et Corentin Achard (batterie, percussions, claviers), a décidé de creuser des thèmes profondément intimes. L’album aborde la paternité, les relations qui s’étiolent, l’autocritique viscérale et le fardeau parfois lourd de nos croyances.
L’art du rythme et de la tension
Et musicalement, ça se traduit comment ? Par quatre morceaux. Oui, seulement quatre. Mais attention, le groupe ne fait pas dans le format radio. Les titres s’étirent de neuf minutes pour le plus court, Season (09:06), à près de treize minutes pour Best Mistake (12:53). Sur le papier, face à de telles durées et un tempo aussi lent, on pourrait craindre de s’ennuyer assez rapidement.
Dans les faits, c’est tout le contraire : les compositions sont suffisamment intelligentes, construites et nuancées pour que l’ennui ne s’invite jamais à l’écoute. Rares sont les groupes qui arrivent à proposer des compos longues et qui restent cohérentes, souvent ça devient vite chiant. Ici, le groupe maîtrise à merveille la gestion des silences et des montées en tension, c’est tellement fluide qu’on ne voit pas le temps passer.
Anatomie d’un marasme envoûtant
L’album s’ouvre sur Theories (11:51). À son sujet, le groupe explique lui-même l’intention de manière très juste :
« Theories est une plongée introspective qui vient interroger la sincérité et la pertinence des croyances. Certaines rassurent mais enferment et empêchent ainsi toutes formes de questionnement personnel. C’est un morceau en clair-obscur, aride, constitué d’une lente aliénation de deux motifs rythmiques qui s’entrecroisent, au bout de laquelle surgit une lumière timide mais pleine d’espoir qui aboutit à la coexistence des deux motifs dans une catharsis finale. »
Tout est dit, et l’exécution est implacable.
La suite ne déçoit pas. Served (09:24) amène une tout autre ambiance, plus incisive, plus rugueuse, pour venir mourir magnifiquement sur une partie de piano légèrement jazzy assez inattendue et surprenante.
Avec Season et Best Mistake, le groupe durcit sérieusement le ton, flirtant par instants avec une noirceur très black metal et ça, ce n’est pas pour me déplaire !

Un son massif et une œuvre visuelle hypnotique
Pour emballer le tout, la production est massive. Enregistré et mixé par Étienne Sarthou, le son a ensuite été confié aux mains expertes de Magnus Lindberg pour le mastering. Le rendu final sonne gros, profond, permettant à chaque texture atmosphérique de trouver sa place sans brouiller l’écoute.
Enfin, impossible de clore cette chronique sans s’arrêter sur l’écrin de ce disque : l’artwork, signé Joost Vervoort. On a affaire ici à une véritable peinture organique, vibrante, saturée de teintes magenta, de roses néon et de violets profonds. L’image de ces monolithes sombres se dressant sous un ciel tourbillonnant, observés par une silhouette solitaire, capte à cent pour cent l’essence de l’album : une beauté mélancolique, écrasante, où l’on se sent infiniment petit face à ses propres tempêtes intérieures.
En résumé
En bref, SVBMARINER signe ici une œuvre mature, dense et cathartique. Si vous aimez la musique qui prend aux tripes et qui accompagne vos moments de solitude assumée, Another Rotation est sans conteste l’album dont vous avez besoin.
Si cet album vous a plu, écoutez-le encore, s’il ne vous a pas plu, écoutez-le plus fort!
Fiche technique :
- Label : Klonosphere / Season of Mist
- Date de sortie : 18 septembre 2026
- Line-up :
- Guillaume Pillitteri : Voix / Guitares
- Yome Venice : Guitares
- Vincent Boyer : Basse
- Corentin Achard : Batterie / Percussions / Claviers
- Tracklist Another Rotation:
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- Theories (11:51)
- Served (09:24)
- Season (09:06)
- Best Mistake (12:53)
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