
Harsh fait partie de ces groupes que l’on voit grandir au fil des concerts. En effet, depuis la sortie de « Out Of Control », le quatuor parisien a multiplié les scènes, affirmé son identité et poursuivi son chemin avec une conviction qui ne s’est jamais démentie.
À l’occasion de la sortie de son nouvel album, le groupe, nous parle de l’héritage assumé du hard rock des années 80, de leur manière d’écrire, leur rapport à la scène, leurs ambitions et les choix qui façonnent aujourd’hui leur identité.
Une conversation sincère, entre bilan et perspectives, avec un groupe qui continue de défendre une vision d’un hard rock sincère, énergique et résolument taillée pour le live.
Bonjour à tous les quatre. On est à quelques semaines de la sortie de votre deuxième album. Que ressentez vous aujourd’hui ?
Albert De l’impatience, clairement. On a pris beaucoup de temps pour faire cet album et maintenant, on a vraiment hâte de le sortir. Les premiers retours sont très positifs, on a très envie de dévoiler le reste.
Julien : Le plus gros stress est arrivé quand on a commencé à faire écouter l’album aux professionnels. Comme il est assez différent du précédent, on ne savait pas comment il serait accueilli. Finalement, les retours sont très positifs, ce qui est rassurant.
Léo : Quand on bossait sur notre album, on était dans notre bulle. Du coup, la pression est arrivée au moment de faire écouter les morceaux et d’attendre les premières réactions.
Entre Out of Control et Feels, on a l’impression que votre écriture est devenue plus intime, avec des thèmes comme la culpabilité, l’identité ou le deuil. Pourquoi avoir évoqué des sujets à la fois très personnels et très universels ?
Julien : Pour Out Of Control, on était concentrés sur les riffs, sur le fait d’écrire du hard et du glam. Pour Feels, on s’est plutôt demandé : “Quelle émotion on veut faire ressentir ?” Et forcément, ça amène des thèmes plus personnels. Ce n’était pas un choix conscient, mais une évolution naturelle.
Albert : Le fil conducteur était vraiment l’expression du sentiment. Ce n’est pas qu’on a voulu être plus intimes : c’est venu en composant.
En écoutant Feels, j’ai été frappée par la diversité des ambiances : hard rock très américain, couleurs plus heavy ou blues, travail sur les mélodies, les chœurs, et même le chant d’Albert qui est plus posé. On a l’impression d’un vrai saut en exigence et en rigueur.
Léo : On était déjà rigoureux, mais pas au même niveau. Là, on est allés dans le détail, dans chaque morceau. On se demandait : “Est‑ce que ça transmet l’émotion qu’on veut ?” Et si ce n’était pas le cas, on changeait.
Séverin : Même dans l’enregistrement, on s’est beaucoup plus posés. Le précédent était presque live dans l’esprit. Là, tout est carré.
Julien : Pour Out Of Control, je me souviens qu’Albert m’a envoyé A Better Tomorrow le jour même où je devais l’enregistrer. On l’a fait un peu dans l’urgence ! Sur Feels, certains morceaux existaient depuis longtemps : on a pu réfléchir, changer des passages, retravailler plus en profondeur.
Quatre ans se sont écoulés entre vos deux albums. Tout ce que vous avez vécu a forcément influencé votre manière d’écrire ?
Julien : Oui, je pense que cette évolution vers quelque chose de plus émotionnel vient naturellement avec l’expérience. À force de composer et de tourner, on affine ce qu’on cherche à exprimer, on progresse sur nos instruments et on gagne en liberté dans la composition.
Est‑ce que vous vous êtes censurés à un moment, en vous disant : “Non, finalement ça, ce n’est plus ce qu’on veut” ?
Albert : Non, au contraire, on s’est autorisé énormément de choses. Il y a des morceaux avec des esthétiques très différentes, même si la couleur du son et du mix assure une vraie cohérence à l’ensemble.
Séverin : Il a fallu surtout faire des choix. On ne pouvait pas tout mettre sur le disque.
Julien : On s’est parfois demandé si toutes nos influences resteraient cohérentes ensemble, mais on s’est rendu compte que le hard rock est tellement ancré chez nous qu’il fait naturellement le lien entre tout.
Parlons de “Forever Yesterday”. Son intro au banjo, son ambiance plus blues, plus organique… Est-ce une étape particulière dans votre évolution, ou une autre facette que vous vouliez montrer ? Et vous souvenez-vous du moment où ce morceau a basculé ?
Julien : On n’a pas réfléchi en termes de “facette”. On l’a commencé il y a deux ans. On avait l’intro, le couplet, une direction émotionnelle forte, mais le refrain ne fonctionnait pas. Il a d’ailleurs failli ne pas être sur l’album. Le moment où tout a basculé, c’est quand Albert a modifié les accords du refrain : ça a créé une respiration. Et quand Léo et Albert ont trouvé la ligne mélodique, ça a tout changé.
Albert : Le riff était à la base en guitare acoustique. Pendant l’enregistrement, j’avais ce banjo‑guitare à la maison : ça a fait la différence.
Ce morceau est placé au milieu de l’album. Hasard ou volonté ? Et qu’est-ce que ce placement change dans la narration ?
Albert : Il y a eu une vraie réflexion sur la tracklist, surtout pour le vinyle. On aime ce format, donc on a pensé en “side A / side B”. Forever Yesterday était parfait pour créer une rupture tout en gardant une continuité. Dans la narration, ça marque une respiration.
Julien : On a fait beaucoup d’essais. On voulait finir la face B sur quelque chose de nostalgique. Le placement de Forever Yesterday structure vraiment l’écoute.
Séverin : Même les silences entre les morceaux ont été réfléchis.
Vous avez confié le mix et le mastering à Hannes Braun. Qu’est-ce que cette collaboration a changé pour vous, et pouvez-vous donner un exemple concret d’un morceau transformé grâce à lui ?
Léo : Je l’ai découvert par hasard en allant chez Mathieu de BlackRain, à Annecy. Il m’a fait écouter Untamed à fond, et j’ai pris une claque. Swan nous a mis en contact, et Hannes était motivé pour travailler avec nous.
Julien : Il comprend tout de suite où on veut aller. Kissing Dynamite, c’est du hard rock moderne, avec des influences pop : très proche de nous. Un exemple concret ? On lui envoie les pistes, il fait une première version, on demande deux modifs, et c’est terminé. Il apporte une clarté et une modernité qui collent parfaitement à notre son.
Pourquoi avoir choisi Existance pour votre release party ?
Albert : On partage des racines musicales commune et des morceaux qui peuvent correspondre à leur univers, mais le plus important reste l’amitié. On a déjà joué ensemble, et c’est avant tout une question de plaisir et de relation humaine.
Julien : Et puis ça montre qu’on garde nos racines metal, même si on a des aspects un peu pop sur cet album.
Les battles musicales entre Albert et Séverin sont devenues l’une des signatures de vos concerts. Que vous apportent elles ?
Léo : C’est une petite pause qui fait du bien, autant au public qu’à nous.
Julien : Jouer du classique en festivals pour les gens qui ne nous connaissent pas permet d’attirer leur attention et de les happer dans le set.
J’ai lu une interview où l’un de vous parlait de Dvořák et l’autre de Chopin. Vous avez donc une formation classique ?
Albert : Oui, on a beaucoup écouté de classique, et avec Julien on a aussi fait le conservatoire de jazz, donc ça apporte d’autres couleurs dans certains morceaux.
Tu parlais du live, on construit vraiment nos setlists pour la scène : on ne joue pas les titres comme sur l’album. On veut montrer d’autres facettes, faire participer le public, créer un vrai moment. C’est pour ça qu’on ne joue pas sur track ni sur clic : on veut garder la liberté et la spontanéité
Quel est le groupe avec lequel vous avez joué qui vous a le plus impressionné ?
Séverin : Royal Republic, pour moi.
Léo : Lost Society et Royal Republic.
Julien Idem pour moi. Ils ne nous ont pas impressionnés de la même façon, mais les deux nous ont mis une claque.
Albert : Ce sont deux grosses claques qu’on a prises sur deux éditions d’un même festival. Ce sont deux têtes d’affiche, et c’était compliqué de passer la même journée qu’eux.
Qu’avez-vous appris en les regardant ?
Julien : Il y avait un énorme travail de mise en scène qui mettait parfaitement le chanteur en valeur chez Lost Society. Ça lui donnait un charisme incroyable. Chez Royal Republic, ce sont les chœurs qui nous ont bluffés
Séverin : Leur scénographie très cohérente est une vraie leçon.
Comment s’est faite la rencontre avec Fireflash Records, et quel moment vous a fait dire : “Ok, ce label croit vraiment en nous” ?
Julien : C’est Olivier Garnier qui nous a dit de le contacter.
Julien : On avait déjà discuté avec plusieurs labels, mais Markus avait une vraie conviction et une volonté de nous accompagner et de développer le groupe, et on est vraiment ravis de bosser avec lui.
Le fait d’avoir un label allemand représente-t-il aussi une porte d’entrée vers ce marché ?
Julien : Oui, clairement. L’Allemagne est une scène majeure pour notre style, donc y être associé est un vrai atout. Au-delà de ça, le plus important reste le label en lui-même, sa capacité à croire en nous et à nous développer.
Séverin : On a déjà fait quelques concerts en Allemagne, mais l’idée, c’est surtout d’élargir notre visibilité en Europe.Et c’est aussi une porte d’entrée vers les pays scandinaves, où on aimerait pouvoir aller à terme.
On sent que vous affichez clairement vos ambitions. Était-ce prévu dès le départ, ou un chemin construit au fil du temps ? Et quel moment vous a fait dire : “Ok, on peut aller loin” ?
Albert : L’ambition a toujours été là. Dès notre rencontre, on avait un projet très clair : vivre de notre musique, enregistrer des albums, jouer à l’étranger et aller le plus loin possible. Toutes nos décisions ont été prises dans ce sens.
On ne croit pas trop aux hasards. On essaie surtout de provoquer les choses. Ça ne marche pas toujours, mais on fait tout pour créer des opportunités.
Julien : Dès le début, on s’est aussi demandé si chacun était prêt à s’investir à fond. Et on s’est dit que si ça ne marche pas un jour, ce n’est pas grave, à partir du moment où on aura tout donné.
Ce qui nous drive avant tout, c’est la scène. C’est là qu’on ressent les choses le plus fort. Un de nos plus gros souvenirs reste un concert devant près de 2 000 personnes qui chantaient avec nous. C’est ça qu’on cherche à revivre, et c’est ce qui nous pousse à avancer.
Qu’est que live vous permet de faire que vous ne faites pas en studio ?
Julien : Se marrer avec le public.
Léo : Oui, descendre dans la foule. Pour moi, c’est le meilleur moment : on partage ça entre potes sur scène, et avec le public.
Albert : On a une vraie liberté musicale en live. On choisit nos morceaux, et il peut même y avoir des changements à la dernière minute. C’est vraiment ce côté vivant du live qui est important pour nous quatre.
Julien : Ne pas réfléchir et juste jouer, profiter du moment. Je suis vivant et je joue avec mes potes. C’est quelque chose de très fort.
Que voudriez-vous que les gens retiennent de Harsh aujourd’hui ?
Séverin : Quelque chose de simple, mais de très fort. Qu’ils aient aimé le disque, qu’ils aient passé un bon moment en concert, qu’ils aient envie de revenir.
Julien : Qu’ils se réapproprient nos émotions. Si ça leur permet de repenser à un moment de leur vie, on a gagné.
Albert : La sincérité. Si les gens la ressentent, c’est parfait.
Merci à vous quatre. On sent vraiment que Harsh avance, explore et construit quelque chose de sincère, autant en studio que sur scène. Feels montre cette envie de transmettre, de partager, de créer un vrai moment avec le public. On vous souhaite le meilleur pour la suite, et on a hâte de vous revoir en live

Harsh artwork
TRACKLIST :
01. Break Your Way
02. All I Ever Wanted
03. Fuel To The Fire
04. Offer You a Rome
05. Don’t Mess With Me
06. Forever Yesterday
07. Back to Life
08. Maniac
09. Losing My Mind
10. Dancing Dancing
11. Never Gonna See Me Fall
12. When We’re Together
Retrouvez notre interview du groupe à propos de leur premier album « Out Of Control » : https://loudtv.net/interviews/harsh-nous-parle-de-son-album-out-of-control/
LINE-UP :
Albert Arnold (chant, guitare)
Séverin Piozzoli (guitare, backing vocals)
Julien Martin (basse, backing vocals)
Léo Löwenthal (batterie, backing vocals)
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