Aller au contenu

Julien Tournoud nous parle du nouvel album d’Amon Sethis

Amon Sethis

Amon Sethis ou le mariage réussi de l’Antiquité Egyptienne et du metal !

Auriez-vous imaginé un jour retrouver les pharaons et autres reines de vos cours d’histoire de l’Antiquité Egyptienne, mis en musique et chantés par un groupe de metal ? Certes celui-ci officie plutôt dans le genre progressif, voire symphonique, mais il n’en demeure pas moins que Toutankhamon, Cléopâtre et autre Akhenaton (le pharaon bien sûr!!!)  doivent avoir les bandelettes en vrac et se retrouver en PLS dans leurs sarcophage face à une telle incongruité ! Quoique …

Et comment l’amoureuse d’Histoire et la fan de metal que je suis, pouvais ne pas se réjouir de discuter avec le chanteur d’un groupe qui a su marier avec brio nos deux passions ?

 

Bonjour Julien, nous sommes ici pour parler de votre nouvel album III – DAWN OF AN APOCALYPTIC WORLD, question traditionnelle : peux-tu te présenter et me présenter le groupe ?

Je m’appelle Julien Tournoud,  et je suis le chanteur. Nous existons depuis 2007 et nous sortons notre 4ème album. Nous essayons de retranscrire les légendes de l’histoire de l’antiquité égyptienne sur une musique plutôt orientée prog, power prog, et symphonique avec des influences à la Dream Theater ou Myrath.

Qu’en est-il du nouveau guitariste ?

Il va être annoncé très rapidement et nous sommes très contents de notre choix.

Le groupe s’est construit autour de l’histoire de la 7ème dynastie de l’Egypte Antique. Qu’est ce qui t’attires dans cette période ? Est ce le côté mystérieux de cette période ou la possibilité de créer tout un univers ?

Les deux ! J’ai une maîtrise d’histoire ancienne et j’ai fait 9 ans de latin. J’étais plutôt orienté sur l’histoire romaine, mais je suis surtout passionné par l’Egypte Ancienne.

Je trouvais intéressant d’associer mes deux passions que sont l’histoire et la musique. J’aurais très bien pu parler de dynasties plus classiques : Ramsès II, Sésostris III ou Cléopâtre. Mais choisir la dynastie d’une période sombre et apocalyptique me permet de créer tout un univers avec une plus grande liberté.

Ça te permet d’aborder plus facilement des sujets « sensibles » de l’actualités à travers des références anciennes ?

Tout à fait ! Je vois que tu as bien étudié ton sujet ! C’est effectivement ce que j’ai subtilement voulu faire.

Le titre Lord Of The Dark Waters par ex, raconte les cataclysmes, les inondations ou les sécheresses incroyables qui nous tombent dessus et il y a ce dieu qui pourrait nous sauver ! Ce qui aurait pu se produire pendant la 7ème dynastie se produit de nos jours, même si le contexte historique est très différent ! On se sert de l’histoire en l’adaptant au monde moderne, parce que l’histoire n’est pas un éternel recommencement.

Pour ma part, je trouve qu’on n’apprend pas assez de l’histoire pour comprendre ce qui se passe et pour apprendre.

Je suis tout à fait d’accord avec toi

Comment se passe le processus de création chez vous ?

Les idées partent souvent du guitariste ou du claviériste. Etant le « vieux de la vieille » (rires) je mets mon grain de sel mais en laissant une grosse part de liberté aux musiciens. C’est une alchimie à cinq.

Je suis l’arrangeur pour que les textes et l’ambiance de chaque morceau collent au concept que j’ai créé et aux histoires que je raconte. Mais chacun apporte sa pierre pour construire cette belle pyramide !

Ce processus très collaboratif permet peut être aux musiciens d’apprivoiser les morceaux et de mieux les appréhender sur scène ?

Exactement ! Tout le monde est impliqué dans la compo. Ce bon collectif donne une belle osmose et permet d’assurer une pérennité dans le groupe.

Quelle est ta part de travail de documentation pour élaborer cet univers ? Est-ce que tu apprends encore malgré ta maîtrise d’histoire ?

J’apprends encore ! J’ai notamment étudié le langage de l’ancien égyptien, et j’en suis au stade « débutant/débrouillé ». J’ai aussi une belle bibliothèque centrée sur cette période, qui me permet de trouver des idées pour éviter que nos thèmes soient redondants ou rébarbatifs.

J’ai aussi d’autres sources d’inspiration pour rester original. Si les gens connaissent bien l’univers de Thorgal, ou de Tolkien,  ils peuvent retrouver certaines idées de ces mondes.

Je dirais que le musicien est un voleur d’idées, mais d’idées à développer pour s’en inspirer et non pour les plagier !

Cet album s’inscrit dans la continuité des précédents. Quel thème avez-vous plus particulièrement développé dans celui-là ?

On parlait d’influences tout à l’heure. J’ai voulu créer un « Game Of Thrones»  à l’égyptienne parce que cette série m’a beaucoup influencé. Ce nouvel album part du précédent « The Final Struggle » sorti en 2014 qui se terminait bien. Je voulais développer un côté apocalyptique sur celui-ci. Ce qui explique qu’il est plus sombre.

La légende dit qu’il y aurait eu 70 pharaons en 70 jours à cause de la déchéance de l’administration de l’époque ! Tout ça va donner une guerre sans merci et des luttes de territoires.

Vous mettez en exergue un autre point de vue que les livres d’histoire ne nous enseignent pas, c’est-à-dire tous les soubresauts qui composent la vie d’une dynastie et d’une nation !  

Tout à fait. Sur les 30 dynasties qui ont régné sur l’Egypte ancienne, il y a eu des moments de gloire avec Séthi Ier, Ramsès II, Sésostris Ier ou même Khéops ou Khephren.

L’album se situe au moment de la succession de Pépi II, le pharaon qui a eu le plus long règne. Il s’ensuit une très grande instabilité politique. Faire le parallèle avec l’actualité est très intéressant.

On parle aussi de la déprime et les tourments que peut ressentir le pharaon face à une rébellion qu’il ne peut pas contrôler.  Ce qui m’a également permis d’évoquer subtilement une période délicate de ma vie perso.

On en sait donc pas qui d’Amon Sethis ou d’Aterapis a triomphé ?

Non, on ne le sait pas. Suite au prochain épisode.

 

 

Il y a de l’épopée et du « peplum » dans cet album ! L’intro est très cinématographique, très « Cecil B DeMill ». Les morceaux sont épiques, homériques, oserais-je dire. Certains sont très mélodiques, parfois avec un côté très « ostantinato » (phrase musicale répétée, comme le boléro de Ravel) je pense à The Curse Of RA et à At The Threshold of Doom. D’autres sont de magnifiques ballades The Red Crown,  ou sont presque atmosphériques comme There’s No Light Into Dakness d’autres enfin ont un côté très oriental qu’on retrouve dans Kubatalawa et Love Again. Qu’en penses-tu ?

Il y a effectivement sur certains morceaux, cette répétition, cette amplification, mais qui se développe avec à chaque fois des choses différentes qui se rajoutent.

Pour Kubatalawa j’ai fait appel à un de mes amis Najib (Najib Maftah). Il a un projet de musique traditionnelle maghrébine et il chante divinement bien en arabe. Il fait également du metal et j’ai adoré travailler avec lui sur ce morceau. On a partagé un moment magnifique.

Je trouve ce morceau très épique et très cinématographique. On a l’impression d’être sur nos dromadaires en pleine Egypte antique.

Cet album est un véritable appel à l’imaginaire. Les titres sont différents, entre balades, les morceaux « ostantinato » ou orientaux, mais il n’en demeure pas moins qu’il y a une continuité et une homogénéité entre les titres. C’était votre intention ?

Oui, parce que je trouve dommage ces artistes qui sont de très bons musiciens mais qui font des albums sans véritablement de diversité.

On essaye de se démarque de ce travers en proposant des univers un peu différents avec des balades ou des morceaux plus violents. Lamentation est très brut de décoffrage et rentre vraiment dans le vif du sujet. Red Crown est beaucoup plus atmosphérique avec un côté Porcupine Tree ou David Bowie sur les couplets du début et qui débouche sur un refrain très catchy.

J’adore aussi Love Again. Et puis There’s No Light Into Dakness le dernier morceau,  qui propose une carte différente en retraçant le côté torturé du monde qui s’accélère.

C’est notre marque de fabrique. Il faut que l’on garde cette diversité, sur laquelle on travaille beaucoup et sur laquelle on est très vigilants.

D’où l’importance pour moi, d’écouter un album dans l’ordre, du premier au dernier morceau, pour respecter le travail de l’artiste.  

Oui, je suis complètement d’accord

Pourquoi une édition or ? Elle est constituée de morceaux instrumentaux et de morceaux acoustiques. L’une fait exploser vraiment la musique, l’autre fait exploser ta voix.

C’était ça l’idée. Tu as tout compris.

L’objectif des morceaux instrumentaux était vraiment de faire ressortir les orchestrations, qui font très « péplum » comme tu le disais. Alors que ma voix est très présente sur la version classique, le fait de l’enlever fait ressortir tout le travail « pharaonique » qui a été fait derrière. Tu ne me diras pas le contraire ! (sourires)

Quant aux morceaux acoustiques, ils sont plus intimistes et la voix ressort bien et se marie complètement avec le piano et la guitare.

Je trouve ces versions très originales et très différentes.

Ça donne un autre focus sur votre talent !

 

Amon Sethis - Artwork HD
Artwork HD

J’aime beaucoup l’artwork avec ce côté « metal » et ce côté « historique ». L’Egypte antique est synonyme d’éternité avec sa très longue histoire et ses tombeaux, les égyptiens étaient fascinés par la mort. Qu’avez-vous voulu retranscrire ?

Il fait référence au pharaon Ateravis ce héros qui est submergé par tous les évènements auxquels il doit faire face. La mort de sa femme et les rébellions qui éclatent dans le pays le plongent dans une profonde dépression.

Son image qui est retranscrite sur l’artwork le montre pleurant des larmes de sang. Il tombe en décrépitude et se momifie petit à petit. C’est un beau résumé de l’album.

Vous mettez le focus sur le côté humain des pharaons qu’on n’étudie jamais. Ils étaient considérés comme des demi-dieux sensés conduire le peuple, tout savoir et ne pas avoir d’état d’âme ! Vous les faites redescendre de leur piédestal !

Exactement.

Vous l’avez signé chez Season of Mist. Pourquoi eux et comment s’est faite la rencontre ?

Elle s’est faite par l’intermédiaire de Stéphane Brulez l’un de mes très bons amis qui était en contact avec eux. On est très contents et on espère que cela va nous pousser à l’international et donner un nouvel élan avec cet album.

Que sait-on de la musique de l’antiquité égyptienne ?

Il y a plein de choses à dire, et il y avait déjà une musique égyptienne à cette époque.

Il y avait la flute égyptienne par ex, le oud et beaucoup d’autres instruments existaient déjà, comme on peut le voir sur les fresques

J’ai écouté certains artistes qui retranscrivent des musiques de l’Egypte ancienne. J’en ai transféré à mon claviériste. Il adore tout ce qui est orchestration, et il a su s’en inspirer, tout comme Eliott Tordeau qui dirige nos orchestrations. Il a produit notre album précédent et est fan de tout ce qui est instruments ésotériques, exotiques et anciens.

C’est important de savoir ce qui se faisait à cette époque pour être raccord avec notre univers.

Comment allez-vous défendre cet album ? Apprendre l’antiquité égyptienne dans les classe de 6ème avec vos albums serait pas mal  ?

Ce serait tellement génial !!! (rires) Mais pourquoi pas, c’est une très bonne suggestion. Ce serait pas mal d’en parler au ministre de la Culture.

Que veux-tu rajouter que j’aurais dû te demander ?

Merci pour cette interview. C’est toujours un plaisir de parler de musique et d’histoire.

Pour répondre à ta précédente question : on va bien évidemment défendre l’album en live. Pas mal de concerts sont prévus en mars/avril, d’autres vont se rajouter. On espère également jouer sur des festivals en 2025/2026

Affaire à suivre donc. 

Pour aller plus loin :

Découvrez l’artiste Najib Maftah : https://www.facebook.com/MAFTAHNAJIB

Cécil BDeMill : Cecil Blount DeMille, plus couramment appelé Cecil B. DeMille, est un réalisateur et producteur américain, né le 12 août 1881 à Ashfield et mort le 21 janvier 1959 à Los Angeles. Il se spécialisa dans les films historiques (Les Dix Commandements ) et d’aventures. (Source Wikipédia)

Les différents pharaons (source Wikipedia) :

Khéops est le deuxième pharaon de la IVᵉ dynastie de l’Ancien Empire égyptien. Il aurait régné aux alentours de 2600 avant notre ère, succédant à Snéfrou et précédant Djédefrê. Il serait le commanditaire de la Grande Pyramide de Gizeh.

Khafrê, plus connu sous la forme hellénisée de son nom Khéphren, est un roi égyptien de la IVᵉ dynastie de l’Ancien Empire. Il règne aux alentours de 2500 avant notre ère, il aurait succédé à son demi-frère Djédefrê et précédé son fils Mykérinos

Sésostris Iᵉʳ ou Senousert Iᵉʳ est le fils aîné du fondateur de la XIIᵉ dynastie, Amenemhat Iᵉʳ. Son règne se situe pendant la période d’apogée du Moyen Empire.

Pépi II est un roi de la VIᵉ dynastie égyptienne. Ce qu’on sait surtout du roi est sa longévité. Manéthon lui prête 94 années de règne et plus de cent années de vie

Toutânkhamon, né vers 1345 av. J.-C. et mort vers 1327, est le onzième pharaon de la XVIIIᵉ dynastie. Selon les dernières études génétiques, il est le fils d’Akhenaton et de la propre sœur de ce dernier.

Séthi Iᵉʳ est un pharaon d’Égypte de la XIXᵉ dynastie, qui règne vers 1294 à 1279 avant l’ère commune. Fils du pharaon Ramsès Iᵉʳ, il est le père du pharaon Ramsès II.

Retrouvez notre article à propos de la tournée prédédente du groupe : https://loudtv.net/amon-sethis-annonce-une-tournee-et-une-date-a-paris-le-7-fevrier-2024/

Retrouvez le groupe sur sa page facebook : https://www.facebook.com/Amon.Sethis

 

Partager cet article

Laisser un commentaire

Nos dernier articles

Abonnez-vous à notre Newsletter

Recevez nos informations directement dans votre boîte mail. Leur nombre est limité. Vous, comme nous, n’aimons pas les mails intrusifs.