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Rencontre avec Ashen à l’occasion de la sortie « Chimera »

Ashen © Jonathan Lhote

© Jonathan Lhote

« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Rodrigue –  Pierre Corneille – Le Cid (1636), II, 2,

Voilà une tirade qui s’applique fort bien à « Ashen ». Découverts fin décembre 2022, alors qu’ils ouvraient pour « The Butcher’s Rodéo », j’avoue avoir été scotchée dès ce premier concert ! Leur musique bien sûr, mais surtout un « je ne sais quoi », un mélange subtil de talent, de maturité, de maitrise technique, et de présence scénique, qui avait fait que j’avais gardé ce groupe dans un petit coin de ma tête avec la ferme intention de les interviewer à la première occasion.

Elle me l’a été donné lors de la sortie « Chimera ». Premier opus du groupe, il n’a fait que confirmer ma première impression.

Et si les « bonnes féés du metal » se sont penchées sur les berceaux de chacun des musiciens du groupe, nul doute que leur fulgurante ascension ne doit rien au hasard. Bien au contraire …

Bonjour Ashen, vous sortez votre premier album, « Chimera ». Pouvez-vous vous présenter ?

Tristan, le batteur,  Antoine, le guitariste et moi je suis Niels le second guitariste.

Tristan : on s’est rencontrés au cours des années 2016, 17 et 2018. On a commencé à jouer ensemble cette année-là et on a sorti officiellement notre premier clip “Hidden” en 2021

Ces premiers clips portaient sur la santé mentale, j’ai l’impression que vous allez plus loin sur cet album mais avec une note d’espoir. Est-ce le cas ? 

Niels :  absolument, on continue de parler de ce sujet parce qu’il nous tient à cœur et que c’est “notre style”. On a compris et on souhaite que les gens comprennent, qu’à travers l’écriture, on veut transcender nos traumas, nos douleurs du passé pour pouvoir avancer. Connaître ses démons permet de les apprivoiser, de les transcender pour aller plus loin.

Tristan : notre art qui est notre moyen d’expression nous permet d’exorciser tout ça !

Antoine : c’est pour moi, le moyen d’expression le plus complet. On fait de la poésie en musique et cela nous permet de traiter un sujet bien plus en profondeur que dans une simple conversation.

C’est une chance pour les artistes de pouvoir sublimer leur trauma, leurs démons et de le partager ensuite avec le public qui en prendra sa part.

Niels : c’est ça ! On s’est rendu compte qu’à force d’être si francs et directs, de ne pas avoir peur de parler de ce qui nous arrivait, il y avait, dans notre public des gens qui nous ressemblent, avec les même problématiques. Il y a un peu ce sentiment de rencontrer des amis grâce à notre musique et ça c’est super fort !

Cet album m’a emmené dans des montagnes russes d’émotions. Il passe par des moments très calmes, mélodiques parfois aériens, il peut se faire lyrique, voire un peu dissonant, ou atmosphérique et cinématographique comme sur Chimera’ Thèmes qui coupe l’album en deux, comme une respiration. Il est vraiment rageux sur Cover Me Red qui est pour moi le morceau le plus puissant. Ma première réaction en écoutant l’album a été de me dire : mais quel bordel (rires) ! Par où commencer pour en parler ? Tellement, je le trouve riche de moments très intenses, et tellement il m’a prise à contre-pied avec ses ruptures dans les lignes de chant qui sont à la fois puissantes, rugueuses mais aussi parfois  « douces ». Qu’en pensez-vous ? 

Antoine : Je te rejoins sur cette notion de « bordel » pas dans le sens loufoque, mais parce que c’est un album riche, varié, et qui prend beaucoup à contrepied. On voit notre premier album comme étant diversifié, expérimental, avec des surprises, et dans lequel il y a une fusion des genres. Et tant mieux s’il t’a décontenancée, c’est ce qu’on a cherché à faire.

Niels : on n’a pas cherché à ce que les gens se disent : quel bordel ! (rires) Mais c’est ce qu’il est devenu par la force des choses et c’est finalement cette chimère qu’on recherchait !

Tristan : ce n’a pas été facile à organiser d’ailleurs (rires). Ça a été compliqué de faire les liens entre les différents morceaux, de par la façon dont ils étaient construits et composés. Mais on voulait regrouper toutes nos influences dans cet album pour en faire quelque chose de cohérent et de solide.

Et on termine l’album sur ce Living in Reverse qui est pour moi LA BALLADE de l’album !  Est-ce que ce morceau pourrait vous emmener, vers d’autres perspectives, plus mélodiques, avec un chant plus clair ?

Niels :  ou plus violent !  (rires)

Tristan : ah, ah ! On ne s’est pas encore décidé là-dessus (rires) et je pense qu’on ne se décidera jamais et qu’on ne s’interdira rien.

Niels : on a quand même beaucoup appris à travers l’écriture de cet album notamment, que nos influences sont vouées à s’entremêler, à continuer à apprendre à exister ensemble pour devenir une vision d’Ashen encore plus aboutie.

Tu parles d’évolution. Il s’est passé 3 à 5 ans entre vos premières rencontres et la sortie de vos premiers morceaux. Vous aviez vraiment cette volonté de ne pas vous précipiter et de construire un projet cohérent ?

Tristan : effectivement ça nous a pris 3 ans pour vraiment nous structurer afin d’éviter d’aller trop vite et de risquer de tomber. On aurait pu « s’exposer » plus rapidement, mais on a voulu arriver avec quelque chose de très affirmé. On a volontairement pris le temps sur l’aspect créatif, mais aussi pour avoir les moyens financiers et artistiques de sortir nos premiers clips à la hauteur de nos ambitions.

Antoine : il nous fallait le temps pour nous connaître, pour se découvrir musicalement, pour se décider sur ce qu’on voulait faire. Ensuite il a fallu apprendre à composer, à produire, à construire notre musique avec le seuil d’exigence qu’on voulait atteindre.  Bien évidement, tout cela nous a pris du temps.

Niels : avec le recul, même si on a sorti des singles, on se demande parfois ce qu’on a vraiment fait pendant ces 3 ans ! Mais c’est une période qu’on a consacrée à apprendre à composer, parce que même si certains d’entre nous étaient dans la musique depuis longtemps, le plus compliqué a vraiment été de bien structurer notre projet !

Vous avez vraiment travaillé pour poser de solides fondations, et je trouve normal que vous explosiez aujourd’hui !

Tristan : on a quand même de la chance aussi !

Ça se provoque la chance !

Antoine : Oui bien sûr ! On a travaillé et composé bien avant que les gens ne nous connaissent et on a toujours continuer dans cette voie et à produire de cette façon. C’est qui nous a conduit là où on en est aujourd’hui !

Niels : on a tout fait pour que ça fonctionne bien et c’est en train de pas mal marcher !

Tristan : tout ce qu’on avait espéré au moment où on a monté le groupe se met en place et c’est plaisant de voir que le travail paye.

Ashen ce n’est pas seulement de la musique, mais vous avez voulu dès le départ intégrer d’autres aspects artistiques. Le cinéma avec l’esthétique des clips qui évolue de plus en plus. Les codes couleurs y sont importants et ont chacun leur signification. La « mode » avec ce côté vestimentaire qui est à contre-courant des codes « métalleux » et qui vous donne une très forte identité. La danse (qu’on retrouve dès le premier clip : Hidden) et plus largement la gestuelle. Et ces émotions que je trouve prégnantes et qui viennent des thématiques de vos morceaux. Qu’en pensez-vous ?

Antoine : c’est un peu con à dire, (sourires) mais on essaie de soigner toutes les facettes qui constituent notre art, qu’elles soient musicales visuelles, scéniques ou vestimentaires comme tu l’as dit. On capitalise énormément sur le fait d’être un groupe de live. On étudie et on travaille sur tous ces aspects.

Niels : je crois que cela vient aussi de tous les artistes qu’on aimait et qu’on écoutait quand on était jeunes. On ne les appréciait pas uniquement pour leur musique, mais aussi pour leur univers visuels et pour tout ce qu’il y avait autour. L’idée de la mode et de la danse dont tu parlais, vient de notre volonté d’affirmer nos passions à travers ces moyens d’expressions.

Tristan : je pense aussi, qu’à l’époque,  que Clément était pas mal dans l’expérimentation. Comment se comporter avec son corps pour essayer d’intégrer la danse à notre musique comme sur Hidden.  Bien que ce soit inhabituel pour ce genre de musique, c’était évident pour nous. Ce premier clip nous a permis de voir toutes les possibilités de mouvements, et il a été assez formateur pour nous. C’est vrai qu’on s’est inspiré de toutes les danses possibles et imaginables ne serait-ce que pour les intégrer à notre façon de bouger en live.

Je trouve vos clips de plus en plus scénarisés, notamment sur les derniers extraits de l’album.

Niels : on l’avait fait au début avec Outlier, puis on a recommancé avec Nowhere. Faire des clips de plus en plus scénarisés demande de plus en plus de budget et de temps. Ça oriente forcément notre manière de faire les choses.

Vous disiez que vous aviez beaucoup d’influences. Quelles sont-elles ?

Tristan : elles sont multiples. J’ai évolué dans le monde des musiciens d’orchestre de par mes parents. J’ai donc aussi vu pas mal d’opéras, d’opérettes. Cela explique l’importance, pour moi, de la mise en scène, de la danse et de la performance vocale.

Antoine : moi, j’ai toujours écouté de la musique, que ce soit le métal, le rock mais aussi du rap. De nombreuses inspirations viennent du cinéma qui est ma deuxième passion. Il y a aussi les jeux vidéo et leurs bandes son, ainsi que la culture skate que j’ai suivi étant plus jeune. Plein d’éléments de la pop culture qui ont construit ma vision de l’art aujourd’hui.

Niels : en ce qui me concerne, pas mal de musiques extrêmement éclectiques, ainsi que les films, les séries et les dessins animés. Tout ce que je consomme à côté de la musique va forcément m’inspirer consciemment ou pas. Tout ce qu’on a pu ingurgiter va ressortir à un moment ou un autre dans notre travail !

Même si vous avez beaucoup travaillé en amont, comment arrivez-vous à canaliser toutes ces influences pour éviter … le bordel (rires) ?

Tristan : je pense que cet album mais également le single collection qui est sorti avant ont été le fuit de nombreuses discussions pour diriger au mieux notre projet et par là même convaincre les gens de cette direction artistique. Mais il faudrait poser la question à Niels qui est notre créateur n° 1 : est ce qu’il s’est senti freiné par trop d’influences qui auraient pu désorganiser son process d’écriture… ?

Niels : j’ai très longtemps plus voulu créer un univers que vraiment une patte sonore qu’on reconnaitrait au premier riff ! Je me suis plus posé de questions pour savoir comment faire coexister ces différentes influences, que de vraiment imaginer un son « Ashen ».

En parlant de singles, pourquoi ce choix de sortir d’abord des clips et non un EP ?

Antoine : oui, ça a été un choix, pour faire parler de nous, plutôt que de sortir un EP, comme une bouteille à la mer et puis plus rien ! On a pris le parti de mieux répartir nos sorties pour également pouvoir se renouveler artistiquement et musicalement. Et également alimenter notre univers visuel qui est très important pour nous.

 

Ashen_Chimera
Chimera
Parlons de votre superbe artwork. Il représente un personnage qui sort d’une sorte de caisson comme s’il sortait de sa carapace. Les couleurs sont toujours aussi présentes (argent, rouge, bleu) On aperçoit au loin une porte qui s’ouvre vers un ciel bleu comme vers l’espoir. Le mot qui me vient encore à l’esprit est celui de la résilience.

Tristan : c’est ça, c’est une très bonne analyse

Antoine : c’est une bonne lecture du moins c’est une bonne illustration et une application du message de l’album

Qui l’a conçu ?

Niels : c’est Mathieu Boudot, un artiste français, très talentueux,  originaire de Strasbourg, qui a déjà fait de nombreuses pochettes d’albums, de rap, notamment. Il est très jeune et son travail est incroyable. Il fait tout en 3D mais sans que ce soit daté ou trop futuriste.

Tristan : on peut le voir comme un tableau

Parlons maintenant de quelques-unes de vos plus belles dates : le HellFest, Papa Roach…Quel a été votre ressenti et qu’est-ce que ça vous a apporté ?

Tristan : le HellFest a été un moment extraordinaire ! Je pense qu’on l’attendait tous, mais on ne pensait pas le vivre si tôt. Ça a été énormément de préparation, de travail, d’anxiété parce qu’on a pris ça très à cœur. Cela dit, c’était le moment parfait pour apparaître sur cette scène et le résultat a été splendide ! On a tous pris une grosse charge émotionnelle que ce soit pendant mais aussi après !

Antoine : on savait que ça allait être un grand marqueur dans notre timeline, mais on ne s’attendait pas à ce que ça le soit autant ! Le HellFest est une énorme vitrine, qui a permis à pas mal de gens de nous découvrir, d’en parler autour d’eux. Cela a fait quasiment doublé notre audience depuis. On a eu de la chance que ça nous arrive à ce moment-là !

Niels :  il y a clairement eu un avant et un après pour nous. On se sent très chanceux d’avoir eu autant de monde à cet horaire. On ne s’attendait pas à ça et ça fait vraiment quelque chose d’avoir tous ces gens en face de soi !

Antoine : et c’est tout con mais quand tu réussis ton HellFest, et je considère qu’on l’a réussi, ça te donne une validation auprès du public ou des pro du milieu métal. Et on voit effectivement toutes les retombées positives, ce qui va nous permettre de nous assurer une très belle saison qui va arriver sur 2026.

Niels : la soirée pour Papa Roach a été vraiment marquante pour nous. Parce qu’on a ouvert pour un groupe qui a bercé l’enfance de certains d’entre nous et surtout parce que l’ambiance de la salle était super. On y avait joué l’année dernière avec Electric Callboy. Et il y avait des gens qui nous connaissaient et qui connaissaient nos paroles.

Et surtout, ça n’arrive pas souvent que les têtes d’affiches prennent le temps d’aller parler à ceux qui ouvrent pour eux. Non seulement Jacoby est venu avant notre concert en loge pour se présenter et nous questionner sur notre projet, mais il a passé plus de la moitié du concert à nous regarder jouer. Le guitariste et lui ont passé ensuite une bonne partie de la soirée à discuter et ils étaient apparemment très enthousiaste à propos de notre musique. Et on a gardé le contact.

Qu’est-ce que vous auriez voulu rajouter que j’aurais dû vous demander ?

Niels :  merci aux gens qui liront cette interview merci à eux de prendre le temps de s’intéresser au-dessous de notre travail

Antoine :  en espérant que l’album leur plaise

Tristan : qu’ils viennent nous voir en concert aussi, parce que comme on le disait c’est une expérience qui se vit en live. Parce qu’au-delà de l’album, on va essayer de montrer cette facette purement visuelle sur la tournée d’octobre et de novembre. C’est plus que ce qu’on a pu montrer dans les clips de 4-5 mm

Antoine : on vous prépare un show d’exception à ne rater sous aucun prétexte

Rendez vous est donc pris !

Retrouvez notre article à propos de la sortie de l’album, du dernier clip du groupe et de sa tournée : https://loudtv.net/news/ashen-sort-son-premier-album-chimera/

Pour suivre le groupe : 
www.instagram.com/ashen.band
www.facebook.com/ashenfr
www.tiktok.com/@ashen.band

 

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