
À l’occasion de la Viry Tattoo Convention, Hurakan s’apprête à investir la scène dans un contexte un peu particulier, où deux univers se croisent naturellement : le metal et le tatouage. Entre énergie brute, émotions à fleur de peau et une esthétique commune faite de passion et d’expression personnelle, le groupe revient sur son identité, son évolution et la manière dont il transforme chaque concert en véritable décharge collective.
Rencontre avec Maxime et Thomas, entre violence sonore assumée, sincérité des textes et connexion avec un public toujours plus large.
Bonjour Hurakan, nous sommes à la Viry Tatoo Convention pour laquelle vous allez jouer ce soir, pouvez vous vous présenter et me présenter le groupe en quelques mots ?
Thomas : Je suis un des deux guitaristes.
Maxime : Je suis l’autre guitariste et fondateur du groupe. Il est né en 2017, avec pas mal d’évolutions au fil du temps. Aujourd’hui, on s’oriente vers quelque chose de plus moderne. On évite de trop se coller d’étiquettes, mais ça reste du deathcore actuel et on est plutôt sur de la bagarre !
Thomas : Le concept, c’est surtout de proposer une expression musicale très violente, et sans compromis.
On a beaucoup de tempi rapides. On joue sur les contrastes : des passages brutaux et très rapides, alternés avec des moments tout aussi violents mais beaucoup plus lents. L’idée, c’est vraiment de pousser l’intensité à l’extrême dans les deux directions.
Maxime : Le but, c’est vraiment que le public puisse se défouler, de libérer quelque chose et de décharger l’émotion. Que ce soit dans le pit ou simplement dans ce que les gens ressentent. C’est très cathartique !
Parlons de vos influences.
Thomas : J’écoute surtout des choses très mélodiques, plutôt côté metalcore. Ça apporte une forme de sensibilité dans un univers assez brutal.
Après, je reste aussi très marqué par des groupes comme Whitechapel ou Psycho-Frame, qui a récemment sorti un album incroyable. On a aussi pas mal accroché avec Lorna Shore à un moment.Ces derniers mois, on a beaucoup exploré pour affiner notre direction musicale, en piochant dans différentes influences, y compris du deathcore plus old school.
Maxime : on sait très bien qu’on ne va pas réinventer le genre — et ce n’est pas le but. On n’est pas là pour créer un énième sous-genre ou coller une nouvelle étiquette.
L’idée, c’est plutôt de partir d’une base qu’on aime, déjà bien explorée, et de se l’approprier pour transmettre ce qu’on veut faire ressentir au public.
Vous abordez des thèmes relatifs à la colère, la dépression, aux épreuves. Votre musique est-elle à la fois un exutoire, une forme de thérapie, mais aussi un moyen de partager cette souffrance ?
Maxime : Que ce soit dans la musique ou dans les textes écrits par Dany — même si on participe aussi parfois — on aborde des sujets très personnels et souvent difficiles, mais qui peuvent parler à beaucoup de monde, comme le deuil ou les traumatismes.
Certains morceaux, comme Still Born, sont même basés sur des vécus réels au sein du groupe.
L’idée, c’est de mettre ces thèmes en lumière et de les partager avec le public pour transformer ça en exutoire collectif, en extériorisant ensemble la colère et la douleur.
Quelles sont les retours du public ?
Maxime : Les premiers retours sont souvent les mêmes : une vraie claque, quelque chose de très brutal et rentre-dedans, souvent décrit comme un rouleau compresseur.
Thomas : C’est un peu comme après une séance de sport : les gens ne se “tapent” pas dessus, évidemment, il y en a pour tout le monde, mais l’idée est là. Le public ressort souvent en disant que ça les a détendus, ce qui peut paraître surprenant vu l’énergie du concert. En réalité, ils se sont juste dépensés, physiquement et mentalement.
Maxime : Certains le vivent très personnellement et se disent qu’ils peuvent vraiment se lâcher sur cette musique. Et ça devient un exutoire.
Thomas : En écrivant et en enregistrant notre musique, il y a une vraie charge émotionnelle. C’est notre façon d’exprimer une part de nous-mêmes, qui s’apaise au fil du processus. Si on arrive à transmettre ça au public, le pari est réussi : ça nous soulage autant que ça leur parle. Et en face, le retour du public est souvent très fort en ce sens.
C’est un échange entre le public et vous ?
Thomas : C’est tout à fait ça, et c’est ce qu’on va faire ce soir !
Votre quatrième album est prévu cette année, pouvez vous m’en dire un peu plus ?
Maxime : On ne va pas donner de date précise, mais surement en fin d’année.
Thomas : L’album est déjà pré-enregistré et les clips sont en cours de réalisation. On a vraiment voulu donner le maximum sur ce projet, autant sur la composition que sur l’enregistrement. Il y a tout un concept derrière, avec une vraie évolution.
Quand on regarde notre discographie, on voit clairement que ça a évolué, aussi bien en termes de style que de production. Ça évolue aussi avec l’âge, l’expérience et tout ce qu’on a traversé. Cet album, c’est une manière d’inscrire cette évolution dans quelque chose de concret, presque de figé.
Depuis la création du groupe, on a vécu beaucoup de choses, autant personnelles que collectives — familiales, sentimentales, de santé… et tout ça a forcément marqué notre manière de composer.
Pour moi, ça fait depuis 2022 que je suis dans le groupe, donc environ quatre ans, et il s’est passé énormément de choses sur cette période. Cet album, c’est un peu l’aboutissement de tout ça.
On est sur quelque chose de plus agressif, mais aussi plus mature.
Cet album reflète clairement notre évolution avec le temps et l’expérience. Il synthétise tout ce qu’on a vécu ces dernières années, à la fois personnellement et musicalement.
C’est un aboutissement, avec un son à la fois plus agressif et plus mature.
Ce sera l’album de la maturité pour vous ?
Maxime : C’est une étape en tous les cas.
Thomas : Il pose de bonnes bases sur notre identité, notre direction et ce qu’on veut défendre musicalement. Je pense que c’est un album asse cohérent.
Maxime : Il y a eu un moment où on se cherchait et je crois que maintenant on a trouvé !
Est-ce que ce lien privilégié avec vos fans, à travers des avant-premières comme ce dernier clip, est quelque chose d’important pour vous et pour la relation avec votre communauté ?
Maxime : Je gère les réseaux sociaux, et pour moi c’est essentiel de répondre au maximum aux messages et aux interactions, même les plus simples.
Remercier les gens pour leur soutien, c’est le minimum qu’on puisse faire pour ceux qui prennent le temps d’écouter notre musique.
La communauté grandit et c’est très positif, mais ça demande aussi beaucoup de temps et d’investissement. J’essaie malgré tout d’être le plus présent possible, parce que je trouve ça normal et important.
Vous avez triomphé aux Victoires du Metal Français, vous êtes soutenus par L’Empreinte de Savigny le Temple. Comment ces soutiens impactent ils votre travail ?
Thomas : La victoire, c’était en 2025 il me semble, même si je peux avoir un doute sur la date exacte.
Dans tous les cas, ça fait plaisir parce que ça montre qu’on arrive à trouver notre place dans le paysage metal français, qui est très riche et rempli de groupes excellents.
Recevoir un prix, et en plus celui de la violence, c’était vraiment marquant pour nous. Ça nous a vraiment fait plaisir
Maxime : Notre travail devient plus cohérent surtout ! Être accompagnés par des acteurs de la scène metal française, comme L’Empreinte, est vraiment précieux pour nous. On reçoit de très bons conseils et on continue d’apprendre auprès de personnes plus expérimentées et déjà bien installées dans le milieu.
Cet accompagnement, les retours et la validation de certains choix, que ce soit artistiques ou professionnels, sont importants pour notre progression. Pour nous, c’est clairement une manière de se professionnaliser, et une voie intéressante pour les groupes qui en ont l’ambition.
Thomas : L’Empreinte a une place particulière pour nous. Dany, le chanteur du groupe, connaît bien les équipes là-bas, ce qui crée un vrai lien de confiance et rend cet accompagnement encore plus naturel.
Maxime : Ils travaillaient souvent ensemble.
Thomas : De mon côté aussi, j’y suis allé assez souvent, j’y ai fait pas mal de concerts, dont certains de mes premiers là-bas. Il y a donc un vrai aspect un peu familial avec L’Empreinte.
Être soutenus par une structure professionnelle comme celle-là, c’est quelque chose d’inestimable. Que ce soit pour le booking, les concerts ou même le développement du projet, leur accompagnement est précieux.
Là, par exemple, on va faire une résidence chez eux pour construire notre prochain show. Avoir accès à une salle comme ça, dans de si bonnes conditions, c’est exactement ce dont un groupe a besoin pour avancer.
C’est un apprentissage et une validation de votre travail ?
Maxime : On apprend tout le temps. Il y a toujours des choses à peaufiner et à améliorer, que ce soit sur le plan technique, musical ou autre.
Revenons au sujet du jour : Vous êtes tous les deux tatoués. Qu’est ce que le tatouage représente pour vous : est ce un message, une esthétique, un acte de rébellion, une appartenance à une communauté ou autre chose ?
Maxime : Au début, le tatouage était surtout pour moi une manière de traduire ce que j’avais vécu, de le porter sur la peau.
Avec le temps et les changements de vie, ça a évolué : aujourd’hui, c’est aussi devenu une démarche plus esthétique, par plaisir, simplement parce que je trouve ça beau. J’ai moins ce rapport direct au vécu qu’avant.
Thomas : Moi, j’ai un rapport un peu différent au tatouage, déjà parce que je suis beaucoup moins tatoué.
Au début, il y avait aussi ce côté un peu “hors des codes”, une forme de curiosité et de rébellion à l’époque — il y a une quinzaine d’années. Mais j’ai toujours gardé une certaine hésitation à passer le cap.
Aujourd’hui, ça reste très lié à mon histoire personnelle et aux moments de vie que je traverse. J’aime l’idée qu’un tatouage me rappelle quelque chose de précis. Même si je peux aussi apprécier l’aspect purement esthétique sur un coup de tête, de base, j’aime surtout ce côté “trace” d’un moment de vie.
C’est une façon de fixer un moment de ta vie ?
Thomas : C’est un rappel, et c’est encore plus cool quand c’est un joli souvenir !
Vous avez déjà fait pas mal de concerts, et vous jouez ce soir, est ce que ce lieu change quelque chose dans votre façon de jouer ?
Maxime : C’est notre première convention tattoo, donc on ne sait pas trop à quoi s’attendre côté public. Mais on pense surtout que ça va être un bon moment à partager.
Thomas : Oui, clairement. Il y a déjà du monde, donc on espère qu’il y aura autant de monde dans la fosse.
Après, c’est un format un peu particulier, donc c’est assez curieux, mais ça promet un bon moment.
Ça va être en défi de convaincre les gens ce soir ?
Maxime : Je t’avoue qu’on ne s’est pas posé la question de savoir si c’était un défi !
Thomas : Pour nous c’est un défi tous les soirs !
Oui, il y a forcément des gens qui sont là pour nous, et heureusement. Mais le contexte fait aussi qu’on peut toucher un nouveau public, qui n’est pas forcément venu pour nous ou habitué à notre musique.
Et justement, c’est intéressant parce que certains peuvent repartir en ayant découvert un groupe qui leur plaît.
Je pense même qu’il y en aura quelques-uns qui vont prendre une bonne claque au passage.
Maxime : L’avantage de ce genre de convention, c’est que le milieu du tatouage est généralement très ouvert d’esprit. Du coup, on a affaire à un public curieux et réceptif.
Il y a vraiment un lien évident pour vous entre métal et tatouage?
Thomas : Dans le metal, on retrouve souvent des personnes tatouées, même si tous les tatoués n’écoutent pas forcément de metal pour autant. Il n’y a pas de lien systématique.
Mais dans la culture rock et underground en général, le tatouage fait clairement partie de l’esthétique et de l’identité du milieu depuis longtemps. Donc sans que ce soit une règle, il y a quand même un vrai lien naturel entre les deux univers.
On le voit aussi dans les designs : que ce soit sur les pochettes d’albums, les t-shirts ou d’autres visuels, il arrive souvent que des tatoueurs soient à l’origine de ces artworks. Parfois même, leurs créations finissent directement sur des projets musicaux.
Et à l’inverse, certains musiciens sont aussi tatoueurs dans la vie de tous les jours. Tout ça montre bien qu’il y a une vraie passerelle entre les deux univers.
Si quelqu’un découvrait votre groupe aujourd’hui, quel morceau vous lui conseilleriez ?
Maxime : C’est intéressant comme question.
Thomas : On hésiterait entre Stillborn et Crowned .Mais on est d’accord sur le premier. Pas seulement parce qu’il a bien marché, mais surtout parce qu’il représente un moment clé pour nous : c’est le premier morceau qu’on a composé tous ensemble après les changements de line-up.
C’était une période compliquée, et ce titre est né assez naturellement, lors d’un week-end en huis clos.
Aujourd’hui encore, il compte beaucoup pour nous, et il fonctionne super bien en live.
Maxime : idem pour moi
On revient à cette dimension cathartique.
Thomas : Oui, clairement. C’est aussi un morceau où Dany s’est livré de manière beaucoup plus directe que d’habitude.
Là où il utilise souvent des métaphores, Stillborn va droit au but, avec des paroles très frontales.
Ce n’est pas un titre très joyeux, mais il est fort parce qu’il ne laisse pas beaucoup de place à l’interprétation.
Que vous voudriez que les gens retiennent de vous ce soir, après le concert ?
Maxime : on espère qu’ils passeront un bon moment. Et qu’ils prennent une grosse claque.
Thomas : Que ce soit dans l’énergie ou l’intensité, c’est souvent ce qui ressort dans les retours live.
On nous parle d’une vraie puissance sur scène. Donc si les gens le ressentent encore ce soir, c’est gagné pour nous.
Entre intensité scénique, sincérité émotionnelle et volonté de partage, Hurakan continue de tracer sa route sans chercher à se réinventer artificiellement. Le groupe avance avec une identité désormais affirmée, portée par une musique qui se veut autant violente qu’exutoire, autant personnelle que collective.
À la Viry Tattoo Convention, cette rencontre entre deux cultures proches dans l’esprit confirme une chose : le groupe n’est pas seulement là pour jouer fort, mais pour provoquer une réaction. Une claque, une énergie, un lâcher-prise. Et si le public repart avec ça, alors le pari est réussi.
Retrouvez notre article à propos du clip de Ten56 : https://loudtv.net/news/ten56-le-groupe-de-nu-deathcore-de-retour-avec-pty-fck/
Retrouvez le groupe sur facebook : https://www.facebook.com/hurakanband





