Qui aurait cru un jour retrouver la sagesse d’un guide spirituel au détour d’un album de métal progressif ? Et pourtant, la découverte de l’artwork d’Intangile montre déjà ce que sera ce premier opus de Sangham. Il pose un regard sans concession sur les connexions de l’homme à l’Univers, sans toutefois oublier cette lueur d’espoir nécessaire. Il vous faudra ensuite prendre le temps de la découverte d’un son organique, d’un superbe chant féminin, soutenu de belle manière par son alter ego masculin, et bien plus encore.

Vous avez sorti le 19 novembre votre album, comment s’est passé cette sortie et quels sont les retours que vous en avez déjà eu ?
Cyril : Elle s’est passée difficilement. Nous étions en plein confinement à l’époque où nous devions enregistrer. Heureusement, nous enregistrions au Studio Artmusic, chez Sébastien Camhi, ce qui nous a permis d’avoir les meilleures conditions possibles.
Quant aux retours, je peux dire qu’ils sont supers ! Nous avions une vision assez humble de notre travail étant donné que c’est le premier opus de Sangham, mais l’album est très bien accueilli ! Nous en sommes très, très contents. Cela va au-delà de nos espérances !
Vous êtes un groupe récent (2020), et vous avez changé de bassiste très récemment. Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment a commencé cette aventure ?
Christelle Cyril et moi sommes les membres fondateurs du groupe. Nous nous sommes rencontrés par le biais d’Internet. Il m’a proposé de chanter sur ses compositions. Nous avons commencé à travailler et nous avons enregistrés nos premiers morceaux « home made » Nous avons rencontré ensuite Florian et Calixte, notre ancien bassiste et nous sommes devenus Sangham.
Cyril : Il y a une phrase en français dans « Macrocosme » qui dit qu’il y a « un centre où tout se lie » On a toujours dit que Christelle était ce centre autour duquel nous gravitons tous pour nous retrouver
Florian : Mon professeur de chant à Marseille était aussi celui de Christelle. Je les ai rencontrés Cyril et elle à la pendaison de crémaillère de ce dernier qui habite au bout de ma rue. On a très vite commencé à parler musique et ils m’on envoyé leurs compos dans la soirée. Par la suite Cyril a déménagé au-dessus de chez cet ami. Nous avons donc pu nous voir et répéter très régulièrement. C’est une belle coïncidence de tomber sur un guitariste qui cherchait quelqu’un voulant faire du métal progressif !
Yoshimi J’ai rencontré Florian par le biais d’un ami commun au moment où Calixte venait d’annoncer aux autres son départ. Cet ami savait qu’on aimait le même genre de musique, et qu’on allait donc bien s’entendre. Je venais d’emménager à Montpellier où habite Christelle. J’ai passé une audition qui les a convaincus de m’intégrer en tant que bassiste du groupe.
Le nom du groupe vient du mot, sangama en sanskrit. Et pourquoi avoir choisi un nom qui n’a rien à voir avec votre musique ?
Christelle Sangham est le nom d’une chanson que j’avais écrite et qui maintenant s’appelle « Macrocosme » Elle parle de spiritualité (même si je n’aime pas trop ce mot) de la relation que nous entretenons avec l’Univers. Nous nous sommes dit que ce nom nous représentait mieux que notre nom d’origine : « Obsidian » Il est trop souvent choisi dans le monde du métal.
Christelle écrit et Cyril compose, comment se passe le processus de création ? Paroles ou musique en 1er ? Qui influence l’autre ?
Cyril C’est souvent la musique qui influence ce que Christelle va écrire. Bien que ce soit déjà arrivé que je compose sur des paroles déjà écrites
Comment équilibrez vous vos voix dans chaque morceau ?
Cyril : Christelle est notre chanteuse principale. On utilise ma voix comme un instrument ou un outil supplémentaire, quand il y a nécessité d’appuyer sur certaines choses ou quand il y a un contexte ou une signification particulière.
Il y a tout de même une part philosophique dans les choix des thèmes de l’album dans laquelle on retrouve la signification du nom du groupe. Quels sont ces thèmes et qu’avez-vous voulu exprimer ?
Christelle : Mes textes et nos chansons parlent de notre connexion au reste du monde, de l’impact (positif ou négatif) que nous pouvons avoir sur l’environnement. Mais, nous voulons aussi partager l’espoir que nous avons, d’aller vers le bien et non vers la destruction qui est déjà bien présente.
Pourquoi ce titre « Intangible » ?
Florian : C’est un mot qui fonctionne aussi bien en français qu’en anglais. Il représente bien ce principe de dualité, de connexion et d’échanges, qu’on a toujours voulu, soit par la variation du chant ou par celle des thèmes.
Christelle On a fait en sorte de dissocier le préfixe « IN » du mot « Tangible » pour montrer qu’il y a un dialogue et que principe de l’existence se situe entre ces deux notions.
Il y a beaucoup de dualité dans votre album : le nom du groupe, celle des voix, des atmosphères, des thèmes, des sonorités, des rythmes, mais également beaucoup d’émotions et de mélancolie. Dans quel état d’esprit avez-vous construit cet album et comment lui avez-vous donné cet équilibre et cette cohérence ?
Cyril Je créé mes compositions essentiellement par rapport à l’émotionnel qui est ma marque de fabrique. L’idée de Pangea par exemple vient d’un reportage sur Mike Horne qui sensibilisait à la fonte des glaces. On voulait aborder ce thème de la force des éléments naturels
Florian : il y a aussi une partie stylistique dans ta question. On a voulu pousser la dualité dans les différents styles, ne pas s’ancrer dans le seul côté progressif. Au contraire : évoluer et ne pas rester sur une base définie.
J’ai vu beaucoup de qualificatifs de votre musique (death mélo, métal prog…) J’ai cru comprendre que Gojira est un groupe important pour vous ?
Christelle C’est pour moi : LE GROUPE, une grosse référence ! Nous les adorons tous. Et je reconnais pas mal de mes lectures à propos des sagesses traditionnelles dans GOJIRA. Bien sûr, on ne peut pas faire la même musique qu’eux, parce qu’il faut que j’exploite ma propre voix, mais c’est le groupe de cœur pour nous.
Florian : C’est vraiment un groupe qui nous a tous parlé, que ce soit sur le plan des textes, de la musique, de la recherche acoustique et de la complexité.
Cyril : Pour ma part, je rajouterai Devin Townsend. Il me fait aller vers le coté grandiloquent et grandiose de la musique.
On a pas mal d’étiquettes parce que chaque chanson de l’EP a son style, et que nous ne cherchons pas à rester sur un rail death, ou mélodique. On essaye plutôt à renforcer ce coté progressif. Pas forcément par la technicité mais par un éventail d’outils à notre disposition.
Florian : On devrait aussi mentionner le Djent et le métal progressif. Cyril a beaucoup travaillé sur le côté saturé pour avoir un son qui colle avec l’industrie moderne actuelle. Ce n’est pas notre fer de lance, mais quelque chose qui nous tient à cœur.
Cyril : J’aime beaucoup cette grosse vague de sons modernes et très grave qui est sortie depuis quelques années maintenant. Mais je n’ai pas envie d’avoir ce son un peu trop froid et non organique. Nous avons trouvé le bon compromis entre celui-ci et le son grave actuel
Pourquoi ces phrases en français dans Macrocosme ? N’aurais tu pas envie d’y avoir plus recours pour privilégier votre coté émotionnel ?
Christelle : C’est un des premiers textes que j’ai écrits, et je voulais faire ressortir ces deux phrases qui ponctuent le morceau. De plus je n’avais pas trouvé de traduction qui me satisfasse. J’ai la chance d’avoir un ami londonien qui m’aide beaucoup dans mes traductions. Un de mes prochain texte qui est trop complexe à traduire restera en français. Mais nous garderons le chant en anglais. Les textes étant importants pour nous, nous avons choisi une langue que beaucoup de gens peuvent comprendre parce qu’on a un message à faire passer
Pourquoi l’avoir repris en acoustique ?
Cyril : Le Covid a bouleversé nos plans ! Il y avait beaucoup de monde programmé au Studio Artmusic et nous avions un créneau assez lointain. On a donc décidé de proposer cette version de Macrocosme en acoustique. En effet, il était hors de question pour nous de sortir à tout prix un morceau « électrique » de moins bonne qualité. On a eu la chance de pouvoir tourner une vidéo plus intimiste, avec des instruments traditionnels. D’ailleurs on en refera certainement d’autres
Votre clip de Nebulous Era a une thématique et un visuel très riches. Il y a un contraste entre la partie (très aseptisée) où l’actrice mange de la nourriture noire et celle du prisonnier confronté au mythe de Tantale dans un cachot qui se remplit d’eau. C’est une métaphore sur l’alimentation qui dit beaucoup de choses de notre société : (richesse/pauvreté, famine/profusion (obésité), malbouffe/bio, exploitation des ressources : déforestation, OGM, agriculture intensive/agriculture bio ou raisonnée) …. Qu’avez-vous voulu dire et me suis-je éloignée de votre propos ?
Christelle : C’est ma sœur jumelle qui est vidéaste et Calixte notre ancien bassiste qui ont réalisé le clip. Tu ne t’es pas éloignée du propos et les images sont volontairement très métaphoriques. Ces deux scènes racontent la même chose, à propos de la direction que prend le monde actuel et les informations que nous consommons.
Le premier couplet est une constatation de la surexploitation des ressources de la Terre, et l’alimentation en est une des principales sources de pollution.
La femme du clip a un bandeau sur les yeux. Elle dévore sans fin (faim ? NDLR) une nourriture noire (végane et tout à fait comestible pour le tournage), qui fait référence au pétrole et à « l’or noir ». Et même les yeux ouverts, elle continue à manger !
Cela veut dire que même si nous savons ce qu’il en est, nous continuons sur la même voie.
Ghandi disait « Sois le changement que tu veux voir dans ce monde » On a toujours tendance à attendre que les autres agissent alors que nous pouvons influer de notre côté ! Nous essayons, de le faire au quotidien et je vois beaucoup de changements dans mon entourage. On en est tous capables, ça prend du temps et il faut accepter que chacun aille à son rythme.
Florian Tu as réussi à comprendre tout ce qu’on a voulu dire. Cela nous touche parce qu’on a voulu aborder de manière plus ou moins frontale, des thématiques très importantes. Elles font écho à nos paroles et aux ambiances qu’on a voulu dépeindre. Notre credo est ce coté sombre avec néanmoins cette pointe d’espoir. On a longtemps hésité à choisir le morceau pour notre premier clip. Celui-ci s’y prêtait bien avec ce coté rentre dedans de la musique et le message fort qu’il transmet.

Dualité encore avec l’artwork qui est tout en rondeurs et votre logo très graphique. Qui en est l’auteur et est-ce encore les deux facettes du groupe qui a un message direct mais aussi un message émotionnel ?
Cyril C’est une amie de Christelle qui nous a fait le cadeau de ce logo. Il représente les points qui se rejoignent et forment cette confluence. On voulait l’inscrire dans ce coté un peu mystique, un peu ritualiste de notre musique. Elle très, très organique et pas seulement moderne, ou métal. Et ce logo reprend bien tous les codes du nom du groupe.
L’artwork, lui, a été réalisé par Flow de Chromatorium Music. On lui a donné une liste de mots, il nous a fait plusieurs propositions et on a tous flashé sur celle-ci. Je pense qu’il a vraiment réussi à décoder ce que dégagent les chansons. On avait envie d’un artwork à la fois, définissable et indéfinissable. Il y a plein de codes qui reprennent l’EP, comme la dualité entre le petit personnage et le décor grandiose. Et on ne sait pas si ça se passe sur Terre, si l’astre est le Soleil ou la Lune.
Comment s’est faite la rencontre avec Klonosphère ?
Cyril : J’ai choisi Klonosphère parce que Klone est un groupe que je respecte. Ils abordent les mêmes thèmes que les nôtres. J’ai donc contacté Guillaume, le guitariste du groupe qui a dit : « Banco, on travaille ensemble ». Je pense qu’il a peut être reconnu en nous des éléments de son groupe. Visiblement ce label est connu pour proposer des groupes qui ont des spécificités et qui sortent des clous. On était donc au bon endroit.
Merci à vous d’avoir répondu aux questions de Loud TV et je vous laisse le mot de la fin.
Cyril : merci à vous tous pour tous les retours que nous recevons.
Christelle : nous vivons une belle aventure et merci pour l’interview
Florian : merci à Loud TV pour son soutien
Plus d’infos sur le groupe ici https://www.facebook.com/Sangham.official
Retrouvez par ailleurs notre dernier article sur Devin Townsend : https://loudtv.net/clip/devin-townsend-le-genie-canadien-nous-devoile-son-nouveau-titre/





