
À l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Pierre et Étienne reviennent avec nous sur la genèse de ce disque cosmique et introspectif, pensé comme une échappée loin de l’atmosphère étouffante de Neon Chaos in a Junk Town. Inspiré par le Voyager Golden Record, le duo évoque son besoin d’ailleurs, son évolution musicale vers des territoires plus psychédéliques et lumineux, mais aussi cette volonté de continuer à explorer les failles humaines autrement. Entre black metal, space art, Pink Floyd, trous noirs et quête d’équilibre intérieur, cette interview retrace la naissance d’un album conçu comme un véritable voyage émotionnel et sensoriel.
Bonjour à tous les deux, après Neon Chaos in a Junk Town, Deliverance, nous emmène cette fois dans un voyage à travers le cosmos avec ce nouvel album. Comment est née cette envie d’espace, cette envie d’une autre respiration ?
Pierre : Je n’avais pas le choix ! Après « Neon chaos in a junk-sick dawn », j’avais besoin d’ailleurs pour l’écriture des paroles. Besoin de sortir du monde urbain, du confinement. J’avais envie d’expérimenter autre chose. Je ne savais pas si la musique allait suivre, mais ce besoin était là.
Etienne : Ce n’est pas quelque chose qui s’est imposé dès le début. Au départ, l’album qu’on écrivait ressemblait un peu à un Neon Chaos bis. On était encore dans cette ambiance très lourde, très étouffante. En plus, à ce moment-là, il fallait remplacer le batteur, donc c’était une période compliquée. J’avais déjà beaucoup avancé sur la composition, on avait quasiment un album complet. Quand Viken est arrivé dans le groupe, j’ai d’abord voulu continuer les morceaux qu’on avait déjà écrits, mais je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait pas très bien.
Un jour, je suis arrivé vingt minutes avant une répétition, j’ai trouvé un riff, et on a terminé le morceau directement en répète. Ce morceau avait une tonalité différente, plus lumineuse. Ça nous a amenés vers quelque chose qu’on n’avait pas vraiment exploré auparavant. Petit à petit, on a développé cet aspect-là.
C’était nécessaire de sortir de l’ambiance lourde de Neon Chaos ?
Pierre : Oui. Je n’aurais pas pu continuer là-dessus.
Pierre : Non, vraiment, je n’aurais pas pu. Après, il y a une différence entre les paroles, les thèmes et la musique.
Etienne : Les deux se complètent bien. Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis rendu compte qu’il y avait une narration naturelle entre les morceaux. À partir de là, je me suis dit qu’il fallait les organiser dans cet ordre pour créer une forme de voyage musical. Ensuite, Pierre parle de ce qu’il veut dans les textes, donc il peut y avoir une double narration, mais au final, tout s’emboîte plutôt naturellement.
Le titre de l’album me fait penser au Voyager Golden Record. Comment vous est venue cette idée autour de cette sonde spatiale ?
Pierre : Un peu par hasard. Après Neon Chaos, j’avais cette image du trou noir qui aspire tout, même la lumière. Pour moi, c’était une métaphore de la dépression. Donc je suis parti sur quelque chose de spatial. Ensuite, j’ai écrit les textes, mais le plus compliqué, c’est de trouver un fil conducteur entre des morceaux qui parlent de choses différentes. J’ai fait beaucoup de recherches et je suis tombé sur ce concept. Ça m’a plu, parce que ça permettait de faire le lien entre les paroles, la musique et l’ensemble du disque.
Etienne : Et il n’y a même pas eu de débat. L’idée nous a tout de suite plu.
Pierre : Moi, je propose des choses. Si ça ne plaît pas, j’en trouve d’autres.
Etienne : En vérité, une fois qu’on a trouvé la direction du disque, tout est devenu très fluide. Le plus compliqué, c’était avant : le changement de batteur, l’idée qu’il faudrait peut-être jeter des morceaux ou les retravailler. Mais à partir du moment où il y a eu le déclic avec les premiers titres comme “Turn On” et “Hellisual”, tout le reste s’est construit autour de ça.
La deuxième partie du titre, “Banquet”, évoque quelque chose de collectif, de partagé. Peut-être même quelque chose de spirituel. Il y a une forme d’optimisme dans cette idée.
Pierre : Le titre représente surtout une réunion de tout ce qui s’est dit dans l’album. Comme si on se retrouvait tous autour d’une table pour faire le bilan : “Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?” C’est un peu le moment où on réatterrit.
Entre bilan et partage, alors ?
Pierre : Oui, forcément. On fait de la musique pour qu’elle soit écoutée, pour qu’elle soit lue. Donc il y a forcément du partage.
Etienne : Cet album est probablement plus ouvert vers les autres que Neon Chaos, qui était beaucoup plus renfermé et étouffant émotionnellement.
Pourtant, même si l’album semble plus lumineux, on retrouve des thèmes très intérieurs, très mentaux. Est-ce une continuité de Neon Chaos ou quelque chose de complètement différent ?
Pierre : Quoi qu’on fasse, ça restera une suite parce que c’est le même groupe. Même si on veut aller ailleurs, on garde forcément une patte. Et puis, dans les paroles, il y a eu deux phases. Au départ, j’avais écrit quelque chose de plus ouvert, plus positif. Puis au bout de quelques répétitions, j’ai tout nié. Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne fonctionnait pas. Certains mots finissent toujours par te rattraper.
Etienne : Pour moi, c’est à la fois une suite et un pas de côté. Chaque disque développe différemment ce qu’on a déjà fait. On voulait répondre à Neon Chaos, qui était très long, très cathartique et parfois écrasant. Celui-ci reste aventureux, mais on voulait donner envie de le relancer une fois terminé, pas juste souffler parce qu’on en sort épuisés.
On a aussi réussi à faire des morceaux plus courts tout en gardant ce côté aventureux. Certains titres auraient pu figurer sur l’album précédent, d’autres pas du tout. Mais on ne se révolutionne pas : on évolue doucement.
Il y a peut-être aussi une autre manière d’aborder les mêmes thèmes avec le temps ?
Pierre : Oui. À un moment, tu comprends que la catharsis, c’est des conneries ! Tu ne combats pas le mal avec encore plus de mal. Ça t’enfonce davantage. Il fallait avancer, alléger un peu les choses.
Neon Chaos t’avait vraiment marqué ?
Pierre : Quand tu répètes les mêmes paroles en boucle pendant des mois, ça finit par t’impacter. Même sans faire énormément de concerts, tu revis tout ça chaque semaine en répétition. Ce n’est pas comme ça qu’on s’en sort. Il faut essayer de faire autrement.
Donc ce besoin d’aller ailleurs, c’était surtout une volonté d’alléger les choses ?
Pierre : Oui, plus simple, plus léger. J’ai essayé de prendre les choses comme elles venaient. Les paroles ont été écrites très rapidement : le plus gros en une semaine. Ensuite, pendant plusieurs mois, j’ai ajusté des phrases, changé des mots, retravaillé les sonorités. J’ai beaucoup aimé ce processus.
Etienne : J’ai aussi l’impression qu’il y a des émotions nouvelles sur cet album. Sur Neon Chaos, les sentiments étaient très identifiables, très sombres. Là, il y a plus de mystère, plus d’ambiguïté. Certains passages peuvent être perçus comme effrayants ou au contraire attirants. Chacun peut y projeter quelque chose de différent.
Parlons de “Hellisual”. Qu’est-ce que signifie ce titre ?
Pierre : C’est un jeu de mots : “Hell is all”. L’enfer, c’est tout le monde. Ce ne sont pas seulement “les autres”. C’est nous tous qui créons l’enfer qu’on subit.
Etienne : Ce morceau me semblait évident pour ouvrir le disque. Il fait le lien avec Neon Chaos. C’est encore un titre très écrasant, où l’on ressent un mal-être profondément humain. Puis vient l’idée de partir ailleurs pour chercher autre chose.
Pierre : Alors qu’en réalité, tout est déjà là. Ailleurs, dans l’espace, il n’y a que du noir et de la roche. On a déjà un paradis ici, mais on en fait ça.
Ce morceau m’a beaucoup rappelé “Odyssée”.
Etienne : Oui, clairement. Pour moi, il aurait presque pu figurer sur Neon Chaos.
Pierre : Je le trouve quand même plus sombre.
Pour moi, il fait vraiment le lien entre les deux albums.
Etienne : C’était exactement l’idée. À la fin du morceau, on se dit qu’il faut partir parce qu’on étouffe complètement.
Parlons maintenant de “Headspace Collapse”. J’y ai retrouvé des textures très Pink Floyd, ce mélange entre le black metal et quelque chose de très seventies. Puis le morceau bascule dans quelque chose de beaucoup plus extrême. Est-ce une manière d’élargir votre palette ?
Etienne : Ce morceau a été très compliqué à terminer. Il est né de deux anciens morceaux qu’on a complètement déconstruits. Pour moi, il représente vraiment le cœur du voyage cosmique : on passe du mystère à l’écrasement total, avec des changements constants d’ambiances, de rythmes, de sons. L’idée, c’est que l’espace-temps commence à se distordre.
Et oui, forcément, il y a une influence Pink Floyd dans cette manière d’installer des atmosphères psychédéliques, sauf que nous, on y ajoute de grosses guitares.
Et toi, quel thème voulais-tu développer sur ce morceau ?
Pierre : À la base, c’était vraiment un trip LSD, plutôt un bon trip. Puis j’ai tout changé au dernier moment. Je suis allé vers quelque chose de plus sombre, plus proche du bad trip. C’est un morceau dans lequel on met toutes nos facettes.
Etienne : Artistiquement, c’est un des morceaux les plus importants du disque.
Pierre : Pourtant, on a failli le jeter plusieurs fois. Si tu ne mets pas les bonnes émotions dedans, il ne vit pas. Ce n’est pas un morceau porté uniquement par ses riffs : il a besoin d’être habité.
Vos morceaux ne sont pas seulement des assemblages de musique et de paroles. Ils vivent vraiment par l’émotion.
Pierre : Celui-là particulièrement.
Etienne : Ce que j’aime dans ce titre, c’est qu’on passe d’un sentiment presque apaisé au début à quelque chose de complètement écrasant à la fin.
Pierre : Parce qu’au départ, tu idéalises le voyage. Mais où que tu ailles, tu emmènes toujours tes problèmes avec toi. Et à la fin, tout revient en boomerang !
Sur “Turn On, Turn In”, on a presque l’impression d’entendre deux morceaux différents. Et il y a cette idée d’ostinato* , de boucle qui évolue progressivement.
Pierre : Pourtant, ce n’est pas un assemblage. C’est vraiment un seul thème. À un moment, j’avais simplement envie de me taire. Je voulais laisser place à l’instrumental, ne pas avoir peur du vide.
Etienne : Cette deuxième moitié est très apaisée. On est presque en paix avec le fait d’être seul au milieu de nulle part. C’est peut-être même ça qui est beau.
Pierre : Regarder les choses simples, prendre le temps. Pas toujours vouloir en rajouter.
Etienne : Pour moi, c’est vraiment le morceau psychédélique du disque. On prend un seul thème et on le fait tourner pendant huit minutes. Ce sont les éléments autour qui changent et qui modifient l’ambiance. C’est là qu’on a compris qu’on était en train de faire quelque chose de nouveau pour nous.
Serait ce une ouverture vers de futures explorations ?
Etienne : Oui, c’est possible, mais la réalité de cet album ne sera peut-être pas celle du moment où on écrira les prochains morceaux. Franchement, je n’en ai aucune idée. Avant, j’avais tendance à proposer très vite de nouveaux titres une fois un album terminé. Aujourd’hui, je laisse beaucoup plus les choses se faire, que ce soit avec Délivrance ou avec Karas. Il n’y a plus cette volonté immédiate de se dire : “Allez, on recommence tout de suite.”
Ce qui me passionne de plus en plus, ce sont justement ces moments plus calmes, où le riff n’est pas l’élément principal. On se rapproche alors davantage d’une approche psychédélique. The Black Ingest, par exemple, fonctionne beaucoup comme ça : un seul thème par morceau qui tourne pendant plusieurs minutes, avec des variations autour. Couplets et refrains reposent souvent sur la même base, seul le chant évolue. Je trouve cette manière de composer assez géniale.
Je ne pense pas qu’on puisse faire ça tout le temps parce que ce n’est pas totalement notre ADN, mais emprunter certains éléments et voir ce qu’on peut en faire, c’est vraiment intéressant.
C’est une autre façon de développer la musique. Faire tourner un thème sur une longue durée, c’est un travail très différent.
Etienne : Oui, parce qu’on peut vite s’ennuyer nous-mêmes si on ne fait que ça. Donc il faut trouver des moyens pour que ça reste stimulant, sans donner l’impression de tourner en rond inutilement. Mais sur ce morceau, je trouve qu’on ne s’ennuie jamais, alors que le thème reste le même pendant huit minutes. Et cette deuxième partie dont on parlait tout à l’heure, c’est vraiment une de nos préférées du disque.
Et pour toi aussi, même si tu ne chantes plus à ce moment-là ?
Pierre : J’ai déjà énormément chanté sur la première partie. Il y a beaucoup de texte dans ce morceau. À un moment, j’avais tout dit.
Etienne : Tu chantes avec tes doigts, c’est une mélodie.
Effectivement, tu t’exprimes autrement, par les synthés, par l’instrumental.
Pierre : Par le vide aussi. C’est bien de s’exprimer par le vide. J’avais besoin de laisser un espace pour méditer sur ce qui venait d’être dit.
Etienne : Et puis, les thèmes de guitare ou de synthé, ce sont aussi des voix, finalement. Eric Clapton disait qu’un solo de guitare, c’est simplement du chant joué avec une guitare. Dans le rock, le solo remplace souvent un couplet chanté. Pour moi, c’est exactement la même logique : on remplace la voix par une mélodie instrumentale.
Le chant m’intéresse énormément parce que je le considère comme un instrument à part entière. Et il y a quelque chose dans ton chant clair qui m’a rappelé John Lennon après les Beatles. Cette façon de poser la voix, cette intonation. Est-ce que tu pourrais imaginer un morceau entièrement en chant clair ?
Pierre : Peut-être, mais pas dans un registre très démonstratif. J’aime plutôt les chanteurs qui déclament, qui racontent quelque chose, comme Jim Morrison, Lou Reed ou Nick Cave. Ce ne sont pas forcément des chanteurs “à voix” au sens classique. Moi, je n’ai pas cette technique-là et ce n’est pas ce qui me touche le plus. Ce qui m’intéresse, ce sont les artistes qui lâchent ce qu’ils ont à dire.
Oui, mais justement, Nick Cave a une profondeur incroyable.
Pierre : Oui, mais lui, il a une voix immense. Moi, ce qui me parle davantage, c’est cette manière de raconter une histoire, comme Lou Reed. C’est plus proche de ce que je sais faire aussi.
Ce qui est intéressant, c’est le contraste entre ton chant hurlé, très écorché, et cette douceur dans les passages clairs.
Pierre : Je n’ai pas cherché à faire quelque chose de particulier. Le chant clair est venu naturellement parce qu’avec certains riffs, le scream ne fonctionnait pas. Je n’ai pas réfléchi aux mélodies, c’est sorti instinctivement.
Il y a aussi des passages presque slamés sur certains morceaux.
Pierre : Oui, un peu. On a besoin de varier les approches pour ne pas s’ennuyer. Et encore une fois, ce qui m’inspire, ce sont plutôt des artistes comme Lou Reed ou Jim Morrison, qui racontent les choses simplement, sans chercher le lyrisme à tout prix.
Etienne : On pourrait très bien faire davantage de chant clair à l’avenir, mais on ne calcule pas vraiment ça.
Pierre : Oui, cette partie-là appelait naturellement ce type de chant. Je ne vais pas me forcer en me disant : “Là, il faut absolument que je chante clair.”
Etienne : Quand on sent qu’un morceau prend la bonne direction, les choses deviennent assez évidentes entre nous. Et sur cet album, il y a eu très peu de débats concernant le chant. Tout s’est fait très naturellement.
Peut-être qu’il y aura plus de chant clair sur le prochain disque, peut-être pas du tout. On ne veut surtout pas se fixer de limites.
En tout cas, cette variété dans les voix apporte beaucoup de richesse au disque.
Etienne : Ce qu’on espère surtout, c’est que tout reste cohérent et que ça ne donne jamais l’impression d’un effet gratuit.
Pierre : Exactement. Si je chante clair à un moment, c’est parce que ça devait être comme ça. Et si, à la fin, le chant redevient très sombre, c’est parce qu’il fallait y aller. Je n’ai pas réfléchi davantage.
Parlons maintenant de “Ground Zero”.
Etienne : Pour moi, c’est le trou noir qui marque la transition vers la fin du voyage. On traverse cette espèce de point de bascule qui nous amène vers “The Banquet”. Dans “Ground Zero”, on est complètement écrasés par ce trou noir avant de passer dans une autre dimension.
Et toi, qu’as-tu voulu mettre dans ce morceau ?
Pierre : Tu as déjà vu le mémorial du Ground Zero à New York ? C’est juste un vide, un immense trou. Et pourtant, c’est ce qui m’a le plus marqué là-bas.
Ils auraient pu construire quelque chose de gigantesque, refaire les tours pour montrer leur puissance. Mais non, ils ont laissé le vide. Et c’est cette idée-là qui m’a inspiré le trou noir : quelque chose qui absorbe tout, même la lumière.
Sur le diptyque “The Banquet”, on passe d’une partie très hypnotique à quelque chose de beaucoup plus fragmenté. Est-ce le chaos final ?
Etienne : Je ne sais pas vraiment. C’est à la fois assez apaisé et en même temps très définitif. Pour moi, ça parle surtout du fait que toute chose a une fin. Et quand ça s’arrête, ça s’arrête.
Après, savoir si cette fin est positive ou non, chacun l’interprétera comme il veut. Personnellement, l’idée que rien ne soit éternel me parle beaucoup.
Pierre : Moi, ce qui me touche surtout dans l’histoire du Golden Record, c’est son côté naïf et beau. Envoyer un disque en or dans l’espace avec un message destiné à d’éventuels extraterrestres, je trouve ça profondément optimiste.
À la fin du morceau, j’ai repris le message de Carter enregistré sur le disque, mais je l’ai détourné en disant aux extraterrestres de fuir. C’était surtout une blague.
Etienne : Ce qui est drôle, c’est d’imaginer qu’une civilisation extraterrestre nous regarde et se dise : “On a vu ce que vous faites chez vous, on n’a pas très envie de vous accueillir.”
Pierre : Pour moi, les extraterrestres représentent peut-être simplement nous-mêmes. Ton “toi” du futur qui rencontre ton “toi” du passé. Tout le disque mène à ce banquet où toutes les versions de toi-même se retrouvent autour d’une table pour faire le bilan.
Et finalement, quand l’album se termine, pour moi, il faut juste le relancer depuis le début.
Si tu rencontres ton « moi » passé, tu as envie de l’avertir ?
Pierre : Pas vraiment l’avertir. Plutôt lui dire : “Tiens bon. Ça va être dur, il y aura des hauts et des bas, mais continue.” Tout l’album parle un peu de cette recherche d’équilibre.

Deliverance artwork
Parlons maintenant de la pochette. Elle mériterait presque une interview à elle seule. On retrouve quelque chose de très “space art” des années 70, entre Kubrick, Pink Floyd, Moebius ou même Jules Verne.
Etienne : Oui, complètement. C’est ma femme qui a réalisé l’artwork. Sur les trois albums précédents, on utilisait toujours des photos de notre ami Mathieu Piranda. Cette fois, on voulait s’en détacher.
Elle a rassemblé énormément d’images inspirées de cet univers rétro-futuriste avant de créer son propre collage. Et pour une fois, on a tout de suite été d’accord sur la pochette.
Je trouve qu’elle prolonge parfaitement l’album.
Etienne : Oui, et surtout, elle est beaucoup plus colorée. On voulait montrer dès la pochette que l’album contenait davantage d’émotions différentes. Les précédents disques étaient presque monochromes. Là, on s’est permis quelque chose de beaucoup plus riche et bigarré. Maintenant, on peut se permettre une pochette colorée et bigarrée. On a passé un cap.
Pourquoi dis tu que vous avez passé un cap ?
Étienne : Parce que ce n’est pas évident de sortir des codes. Et cette pochette n’appartient plus aux codes du metal, tout en évoquant un disque potentiellement dur, mais aussi apaisé. Elle représente très bien le disque.
Le personnage central m’a beaucoup fait penser à Magritte. Qu’est-ce qu’il représente ?
Etienne : D’abord, la petitesse de l’être humain face au cosmos. Ce personnage est minuscule au milieu de tout ça.
Pierre : Moi, j’aime son côté désuet. Il ne va pas du tout avec son environnement. Son petit chapeau… Il fait voyageur de commerce. Il n’est pas à sa place. Il a voyagé trop loin, il est perdu : « Qu’est‑ce que je fais là avec ma valise qui ne sert à rien dans les caillasses ?
Etienne : Et le fait qu’il y ait plusieurs chemins dans l’image évoque aussi l’idée qu’on peut emprunter différentes routes pour finalement arriver au même endroit.
Pour finir, qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de cet album ?
Etienne : La liberté qu’on a mise dedans. C’est probablement notre disque le plus spontané et le moins calculé.
Pierre : On essaie de s’affranchir des codes, même de ceux du métal. J’espère simplement qu’on a apporté un petit quelque chose de personnel.

Deliverance release party
On se retrouve au Petit Bain le 29 mai pour votre release party, allez vous transformer la salle en vaisseau spatial ?
Pierre : Si seulement. Mais on va déjà essayer d’apporter quelque chose avec les lumières. Et un ami artiste, Paul Toupet, m’a fabriqué un masque que je porterai sur scène.
Moi, j’aime le spectacle, le théâtre, casser un peu les cadres. Je peux vite m’ennuyer si je reste simplement derrière un micro. J’ai besoin qu’il se passe quelque chose.
On revient encore à cette idée de partage.
Pierre : Oui, c’est essentiel.
Retrouvez notre interview de Pierre à propos de l’album précédent « Neon chaos in a junk-sick dawn » : https://loudtv.net/interviews/pierre-duneau-de-deliverance-parle-de-neon-chaos-in-a-junk-sick-dawn/
LINE-UP :
Pierre Duneau (chant, synthétiseurs)
Sacha Février (Basse)
Etienne Sarthou (guitare, backing vocals)
Viken Poulain (batterie)
POUR SUIVRE le groupe :
https://www.facebook.com/deliveranceband
https://www.instagram.com/deliverance.official
https://deliveranceplease.bandcamp.com
Pour aller plus loin :
Le titre de l’album est directement inspiré par « The Voyager Golden Record » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyager_Golden_Record
* Ostinato : Répétition obstinée d’une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents éléments thématiques durant tout le morceau. (cf Le Boléro de Ravel)
René Magritte : peintre surréaliste belge – https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Magritte





