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Uravena – Moana (2023), la chronique !

Uravena – Moana (2023), la chronique !

Uravena Moana

Il existe des albums qui cherchent à représenter un territoire, et d’autres qui en portent naturellement les contours. Avec Moana, premier long format des Tahitiens d’Uravena sorti en 2023, la Polynésie n’apparaît jamais comme un argument d’écoute : elle constitue, me semble t-il, le point de départ authentique de l’écriture. C’est précisément ce qui distingue ce disque de nombreuses productions dites « ethniques ».

Uravena
Uravena band Crédit : bm_photographie_tahiti

Cette singularité a rapidement permis au groupe de dépasser les frontières de la scène locale. Après avoir imposé son identité en Polynésie française, Uravena s’est également produit au Hellfest, non pas sans difficultés, une étape importante qui a offert une visibilité internationale à cette proposition musicale atypique. Et c’est d’ailleurs pour ça, et parce que je suis amoureuse de la Polynésie française, que je décide aujourd’hui de mettre en lumière Uravena (bon c’est aussi grâce à ma belle Fred, qui se reconnaitra et à qui j’en profite pour faire un bisou).

Une identité polynésienne pleinement assumée

Musicalement, Uravena s’inscrit dans une tradition bien identifiable. Le groupe emprunte au thrash et au groove metal des années 1990 une grande partie de son langage, avec des guitares accordées bas, des rythmiques denses et une voix abrasive qui rappelle parfois la scène brésilienne de Sepultura ou Soulfly. Les influences sont perceptibles, mais elles ne donnent jamais l’impression d’une imitation. Elles servent plutôt de socle à une proposition profondément ancrée dans le Pacifique.

L’une des réussites majeures de Moana réside dans son rapport aux percussions traditionnelles. Le tō’ere, instrument emblématique de la culture tahitienne, ne vient pas interrompre les morceaux pour créer un effet de contraste ; il dialogue avec la batterie et les guitares comme un élément pleinement intégré de l’arrangement. Cette continuité donne au disque une cohérence remarquable et évite l’écueil du folklore plaqué sur une esthétique occidentale.

La dimension linguistique participe également à cette identité. Les textes alternent français, anglais et reo tahiti selon les besoins des morceaux, sans hiérarchie entre les langues. Ce choix confère une authenticité rare : Uravena ne traduit pas sa culture pour la rendre plus accessible, il l’exprime telle qu’elle est, dans sa pluralité.

Un album cohérent jusqu’à sa dernière note

Parmi les quatorze titres, plusieurs compositions se distinguent par leur capacité à faire évoluer le discours musical. « Screamin’ » et « Fare ‘Āuri » ouvrent l’album avec une entrée en matière très thrash qui affirme immédiatement la personnalité du groupe. La cinquième piste, Tō’u ‘Āi’a, constitue d’ailleurs une véritable surprise : placée au cœur du disque, elle rompt momentanément avec la dynamique installée jusque-là par une approche plus aérienne et introspective.

Loin de déséquilibrer l’ensemble, cette parenthèse renforce au contraire l’atmosphère de Moana en lui apportant une profondeur supplémentaire avant le retour à des compositions plus directes. La pièce centrale, « Moana », prolonge ensuite cette sensation d’immersion où l’océan devient moins un paysage qu’une présence symbolique. Plus loin, « Te Taime » apporte une respiration mélodique bienvenue, tandis que « Happy Hour » conclut l’album sur une construction plus développée qui laisse davantage d’espace aux instruments.

La production mérite également d’être soulignée. Réalisé entre plusieurs studios avant un mixage et un mastering confiés à HK (on en profite aussi pour saluer l’ami) en France, Moana bénéficie d’un son équilibré qui met en valeur tant le thrash que les racines tahitiennes, sans sacrifier la lisibilité de l’ensemble. Les percussions traditionnelles conservent leur texture naturelle, les guitares restent définies et la voix trouve sa place sans dominer excessivement le spectre sonore. Pour un premier album issu d’une scène aussi éloignée des grands centres de production du metal, le résultat témoigne d’une véritable exigence artistique.

Tout n’est pas inédit pour autant. Certaines structures restent assez classiques et plusieurs morceaux s’appuient sur des schémas familiers aux amateurs de thrash et de groove metal. Ceux qui recherchent une écriture très progressive ou particulièrement expérimentale pourront y voir une certaine retenue. Mais cette relative sobriété joue clairement en faveur de l’album : elle permet aux éléments culturels de s’exprimer avec naturel, sans donner l’impression de vouloir constamment démontrer leur singularité.

Uravena
Crédit : Crédit : bm_photographie_tahiti

Moana est plus que convaincant et Uravena ne cherche pas à réinventer le genre ; le groupe lui offre simplement un nouvel horizon géographique et culturel, avec une sincérité qui fait toute la valeur de cet album, comme l’avait fait Alien Weaponry avec Te Rā (2025) que j’avais aussi adoré !

https://loudtv.net/news/alien-weaponry-te-ra-2025-la-chronique/

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Ma note : 

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