Dès ses débuts, Alien Weaponry s’est imposé comme une force singulière dans le paysage metal mondial. Pour moi qui surkiffe quand le metal se pare de tribal, de chamanique, d’oriental, etc. (le petit passage sur Science de System Of A Down, on en parle ?), c’est typiquement le genre de groupe que j’ai adoré découvrir au Hellfest en 2019.

Chez Loud TV, on aime l’Océanie ! Preuve en est avec ma chronique récente d’Ocean Grove. https://loudtv.net/ocean-grove-oddworld/
Alors autant vous dire que je me réjouissais de découvrir le nouvel opus d’Alien Weaponry. Mêlant habilement thrash, groove metal et culture māorie, le trio néo-zélandais s’est rapidement démarqué avec Tū (2018) et Tangaroa (2021). En 2025, le groupe revient avec Te Rā, un troisième album plus abouti.
Un titre solaire pour un message clair signé Alien Weaponry
Te Rā, qui signifie le soleil en te reo māori, symbolise la lumière, la vie, mais aussi la révélation — celle d’un peuple, d’une culture, d’une colère.
Et pour aborder tout ça dans un sun mood, c’est quand même plus sympa que l’Ordre du Temple Solaire et moins flippant que Rascar Capac (amis du Neurchibald de Tintin, on vous salue).
Plus qu’un album, Te Rā est une prise de parole affirmée. L’introduction, avec Mau Moko, donne le ton avec un riff vif et percutant, un chant viscéral sorti des tripes et une immersion dans l’univers spirituel māori.
Le morceau aborde le moko facial traditionnel, valorisé ici comme une fierté mais encore stigmatisé. Une ouverture puissante et porteuse de sens.

Te Rā est, à mon sens, l’album le plus abouti du groupe à ce jour sur le plan sonore. La production, signée Josh Wilbur (Lamb Of God, Megadeth et bien d’autres), est d’une précision chirurgicale.
La basse de Tūranga Morgan-Edmonds donne une profondeur supplémentaire à l’album, tandis que la batterie de Henry de Jong frappe de plein fouet, accompagnée de toute son énergie tribale. L’ensemble oscille entre rage pure et passages atmosphériques, tout en conservant cette patte rythmique qui les rend si distincts.
L’album aborde des thématiques aussi diverses que la santé mentale, la pression sociale, les conflits culturels et l’aliénation numérique. 1000 Friends interroge par exemple notre rapport toxique aux réseaux sociaux (et là, il y a largement de quoi dire).
Dans un registre plus dramatique (quoi que, quand on voit le contenu de certains influenceurs – et je parle même pas des déchets de la télé-réalité-, c’est à se demander…), Blackened Sky évoque un avenir incertain, presque apocalyptique. Entre le lucidité, colère et contestation, Te Rā n’est jamais dans l’aigreur : l’opus est toujours porté par une volonté de transmettre et de valoriser.
Un retour tout en contraste pour Alien Weaponry
Te Riri o Tāwhirimātea : la fureur des éléments
S’il ne fallait retenir qu’un moment de pure magie sur Te Rā, ce serait Te Riri o Tāwhirimātea. Ce morceau — dont le titre signifie La colère de Tāwhirimātea, dieu des tempêtes et des vents — est un véritable voyage chamanique comme je les aime.
Grâce à Alien Weaponry, fini la cueillette aux champignons et les omelettes magiques. Arrêtez toute forme de drogue qui, en plus d’être une vraie merde pour vous, vous fera moins planer que Te Riri o Tāwhirimātea.
La construction est hypnotique : ça tonne, ça respire, ça s’élève. Et puis vient ce passage tribal, ce moment suspendu où percussions rituelles, chœurs incantatoires et ambiance atmosphérique s’entrelacent dans une transe presque sacrée.
Ce morceau touche à quelque chose de primitif et c’est sans conteste l’un des moments les plus puissants, émotionnellement parlant, de Te Rā. Te Riri o Tāwhirimātea, c’est mon véritable coup de cœur de l’album (par contre, ne me demandez pas de vous le prononcer).
Taniwha : quand la bête se réveille
Randy Blythe, frontman de Lamb of God, fait un featuring brutal sur Te Rā. Le titre s’inspire de la figure mythologique du Taniwha, créature puissante et ambivalente — parfois protectrice, parfois destructrice (si vous connaissez Doshin The Giant, avouez que vous avez pensé au géant d’amour et au géant de haine. Oui, je me réfère à des choses de qualité dans mes chroniques).
Le solo vocal de Randy Blythe, véritable incantation rageuse, marque un tournant dans le morceau : on passe d’une tension rampante à une déflagration totale (Ifrit invoquer. Je pouvais rester sur une référence jeu-vidéo aussi pourrie que Doshin).
Il ne s’agit pas d’un simple caméo : Blythe incarne littéralement la bête. Sa voix se mêle à celle de Lewis de Jong dans un duel vocal sauvage, amplifié par des riffs écrasants et une rythmique tellurique.
Māori vs. Anglais : un contraste de puissance
Une nuance mérite quand même d’être soulevée : si l’alternance entre le te reo māori et l’anglais a toujours été une force d’Alien Weaponry, sur Te Rā, les morceaux en anglais paraissent parfois plus fades en comparaison.
Moins chargés de symboles, moins enracinés et porteurs de sens peut-être et moins puissants, certains titres comme Crown ou Hanging by a Thread, quoi que bien construits, n’atteignent pas l’impact spirituel et émotionnel des titres en langue indigène.
À l’inverse, chaque morceau en māori semble vibrer d’une énergie rituelle, d’une colère viscérale qui transcende le genre metal lui-même. C’est dans cette langue que le groupe touche au sacré.
En conclusion : pari réussi pour Alien Weaponry
Avec Te Rā, Alien Weaponry ne se contente pas de faire du metal : les trois néo-zélandais incarnent un pont entre tradition et modernité, entre colère générationnelle et sagesse ancestrale.
Quelques morceaux en anglais peinent à soutenir la même intensité. L’album confirme que le groupe est bien plus qu’une curiosité ethno-metal : il a toute sa place, voire même une place essentielle, dans le paysage du metal contemporain.
Alien Weaponry est un de ces groupes qui prend toute son ampleur sur scène. Que le groupe soit sur une scène pleine de pénombre au Hellfest ou en plein soleil sur la Main Stage, sa présence scénique est exceptionnelle.
Le haka d’ouverture (ne me tentez pas de faire une petite réf’ à Jonah Lomu Rugby sur PS1, dont les commentaires sportifs étaient dignes de la VF de Ken le survivant) , les breaks tribaux, l’énergie brute dégagée : tout devient viscéral et physique : un vrai moment de communion entre la tradition et le metal moderne.
Line-up :
Henry Te Reiwhati de Jong – Batterie, chœurs.
Lewis Raharuhi de Jong – Guitare, voix.
Tūranga Porowini Morgan-Edmonds – basse, chœurs.





