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Sandy Lavallart (Kwoon) nous parle d’Unplugged for the Moon

Sandy Lavallart - Kwoon
Sandy Lavallart

Le propre des règles est d’avoir des exceptions… qui les confirment ! Ainsi puisque Loud TV est spécialisé dans le « metal » le contre-exemple parfait sera de vous parler d’un artiste qui cochera plutôt la case « rock ». Je vous ai déjà présenté « Kwoon » qui compte en son sein deux musiciens du groupe de métal progressif « Los Disidentes Del Sucio Motel ». Son fondateur, Sandy Lavallart, nous présente aujourd’hui son dernier projet en date. Un best off acoustique à déguster sans modération. Et je suis sûre que vous vous régalerez autant que moi j’ai pû me régaler.

Bonjour Sandy, merci de répondre à mes questions. Tu as sorti en décembre ton dernier album, Unplugged for the Moon. Pourquoi un album acoustique ?
Est-ce que c’est un exercice de style pour toi, un défi, un risque ou une envie de faire autre chose ?

Je pense que j’avais envie de proposer autre chose. Quand je compose les thèmes pour Kwoon, il y a souvent une guitare qui fait la rythmique et deux autre qui entrelacent les différentes mélodies. Je ne trouvais pas aberrant de confier des partitions à des violons et des altos violoncelles pour les parties mélodiques. Du coup, c’est acoustique, folk et c’est entouré de cordes et de chœurs.

Comment as-tu choisi les morceaux ?

Comme tu as pu le constater, ils sont issus de plusieurs albums. J’ai choisi les titres les plus simples, ceux qui étaient assez courts, avec une structure couplets/refrains, parce que choisir un morceau ambiant comme « AYRON NORYA », qui fait 10 mn n’aurait eu aucun intérêt

Je ne voulais pas raconter la même chose, je souhaitais un côté plus efficace. J’ai également fait ce best off en partant des stats Spotify et des morceaux que les fans nous disent préférer. De plus, j’ai rajouté un inédit “Chess Love” pour qu’il y ait une petite surprise et que l’album soit intéressant.

Tout l’intérêt de cet album réside dans la réécriture des morceaux ?

Oui, c’est vraiment une histoire de réorchestration. C’est complètement réarrangé, ce ne sont pas les même tempi, la plupart d’entre eux sont légèrement accélérés. Comme je te le disais tout à l’heure, j’ai retranscrit toutes les parties guitare pour des cordes. Je commence à avoir l’habitude d’écrire pour des orchestres ou des instruments classiques, et c’est un exercice que j’aime beaucoup. Et c’est d’autant plus facile que ce sont mes titres.

Parlons de cet album. Parce qu’accoustique, chez toi, ne veut pas dire dépouillement, austérité ou tristesse. Si tes autres albums sont déjà très atmosphériques, cette fois ci, tu délaisses les guitares électriques pour des guitares folk, des violons et des harmonies vocales fascinantes qui nous conduisent vers plus de douceur et d’intimité ! C’est, pour moi, un “album coin du feu” ! 

C’est ça ! Figure-toi que “Frozen Bird” a été l’un des premiers morceaux que j’ai enregistrés dans mon appart au coin du feu. J’avais fait ramoner ma cheminée et même si on n’a pas le droit de faire du feu à Paris, je fais quelques fois des petites flambées. Si on tend bien l’oreille, on peut entendre des petits crépitements sur ce morceau. Ils ajoutent de la texture et une chaleur assez naturelle.

Je voulais exactement cette texture, ne pas mettre trop de reverb et que ça ne soit pas aussi grandiloquent qu’”Odyssée”. Je voulais qu’on ait l’impression que le groupe est dans ton salon quand tu poses le vinyle sur la platine.

On pourrait parler de tous les morceaux, mais, j’ai arbitrairement choisi “Jane” pour ses harmonies vocales, “Chess Love” parce que c’est un inédit, que son quatuor à cordes est superbe et qu’il coupe l’album en deux ; également « Life » et son choeur d’enfant et « King of Sea » pour sa scie musicale et sa ligne vocale. Que peux-tu me dire sur ces morceaux (ou d’autres que j’aurais dû choisir) ? 

Je peux te parler de Chess Love qui est arrivé au moment où je réfléchissais à la tracklist de l’album, avant même d’écrire les arrangements. Pour une fois, j’avais décidé de me livrer davantage, pour raconter quelque chose de plus personnel.

Je traversais alors une rupture amoureuse compliquée.

Avec le recul, j’ai compris que cette relation ressemblait à une partie d’échecs, où l’autre jouait avec des pions pour arriver à ses fins. Les paroles raconte que je me suis senti manipulé. Mais finalement, on ressort plus fort de ce genre histoire, avec l’envie d’être victorieux malgré tout.

Cette chanson me touche énormément quand je la chante. Les paroles sont adressées à cette personne : c’est une lettre d’adieu, subtile, sans règlement de comptes, dans laquelle beaucoup peuvent se reconnaître. C’est le titre que j’ai le plus envie de défendre aujourd’hui.

Musicalement, j’y ai ajouté des chœurs, notamment ceux de ma fille et de deux adolescentes qui sont les enfants d’amis. Elles apportent une touche jeune et fraîche que j’aime beaucoup.

C’est une façon de sublimer la douleur et de passer le flambeau aux jeunes ! 

Oui, parce que ma fille connaissait très bien cette personne, et je lui ai expliqué à qui était destiné ce titre.

« Live » est aussi très personnel : c’est une chanson écrite par un père pour sa fille, composée pendant le confinement, en même temps que « Last Paradise ». Ces deux morceaux se répondent comme le yin et le yang : l’un est plus sombre, l’autre plus lumineux.

C’est ainsi que je vois la vie et que j’écris ma musique : jamais totalement joyeuse ni totalement sombre, toujours entre les deux. Pour moi, c’est un mélange de rires et de larmes, de réussites et d’échecs. « Life » raconte à mon enfant que la vie peut être belle, mais aussi difficile, et que les obstacles font grandir. Ce morceau a pris une place très importante avec le temps : il est aujourd’hui l’un de mes titres les plus écoutés et touche beaucoup de parents, ce qui m’émeut énormément.

UNPLUGGED-FROM-THE-MOON-Recto

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Parlons de ton artwork : tu as enfin joué sur la Lune (sourires) ! (voir l’interview à propos de l’album précédent (NDLR) 

Sur mon premier album, « Tales & Dreams » j’avais créé un univers très onirique, peuplé de méduses volantes et de singes à trois queues. Il y avait aussi ce titre, « I Live On The Moon », où je racontais que j’habitais sur la Lune : un endroit de rêves, un refuge où rien ne peut t’arriver, où on ne peut t’empêcher de rêver, parce personne ne peut entrer dans ta tête. À l’époque déjà, j’étais très rêveur.

J’adore aussi cacher des petites clés un peu partout, comme un jeu d’énigmes. À la manière de réalisateurs comme David Lynch ou Christopher Nolan, qui glissent des éléments que tu comprends parfois des années plus tard. Je trouve ça passionnant, parce que ça permet de redécouvrir des détails avec le temps.

Du coup, sur la pochette actuelle, on me voit sur la Lune : c’est un clin d’œil direct à « I Live On The Moon », pour ceux qui suivent l’histoire depuis le début. Et quand tu retournes la pochette, tu découvres une petite créature rose à trois queues. C’est un lien avec le singe à trois queues du premier album, sorti il y a vingt ans.

UNPLUGGED-FROM-THE-MOON-

UNPLUGGED-FROM-THE-MOON-VersoEn réalité, cette créature est inspirée de mon chien. Il était avec moi pendant l’enregistrement de l’album. Il a fait des couinements incroyables et m’a fait rater un nombre incalculable de prises — au point qu’il est même crédité sur le disque. J’ai passé son image dans des moulinettes d’IA et de graphistes pour en faire une bête un peu particulière.

Je me suis dit que c’était évident de l’intégrer aussi à la pochette parce qu’il fait partie intégrante de ma vie.  Alto est devenu une créature singulière, et en même temps un pont entre l’univers du premier album et celui d’aujourd’hui.

(je vous conseille également la version originale du clip NDLR)

Tu vas partir en tournée; d’abord en solo, puis avec ton groupe. Quelles sont les dates ? 

Pour l’instant, j’attends d’en avoir un certain nombre avant de les comuniquer vraiment. J’ai quand même fait une petite annonce sur les réseaux pour dire que j’allais me lancer là-dedans, que je pouvais jouer chez des disquaires ou dans des cafés-concerts sympas.

Je garde les belles scènes et les dates importantes pour le groupe. En solo, j’ai envie de faire les choses autrement, à l’image de cet album : simple, détendu, sans pression. Me poser dans un café-concert cool, jouer même si des gens parlent à côté. Il y en aura toujours qui écoutent, d’autres qui boivent leur bière tranquillement, chacun fait sa vie et tout se passe bien.

Je vois ça un peu comme des concerts d’été, sur des terrasses dans l’Ouest, avec une vue sur les surfeurs. Je joue, je fais une pause, je profite. J’ai déjà quatre ou cinq dates complètement confirmées, et je sais qu’il va y en avoir beaucoup d’autres, parce que je diffuse l’info partout et que les gens sont intéressés. Il y en a déjà plusieurs qui m’ont contacté pour me proposer de venir jouer.

J’avais déjà dans cet état d’esprit, il  a vingt ans, avec mon ancien groupe.  Pendant la tournée électrique, on avait décidé d’aller jouer chez les fans. On envoyait une newsletter, les gens organisaient le truc, on vendait nos CD et nos T-shirts, on jouait gratuitement, on mangeait avec eux et, si possible, on dormait sur place. Il en reste d’ailleurs des vidéos sur YouTube. C’est ce genre de liberté et de proximité que j’ai envie de retrouver aujourd’hui.

Par contre,  il faut que ce soit bien organisé, notamment avec les voisins. Mon setup n’est pas juste une guitare acoustique : tout mon matériel doit être sonorisé comme une guitare électrique, avec des amplis, pour un minimum de volume. Il faut anticiper, ne pas jouer trop tard et prévenir tout le monde.

En tout cas, le projet est lancé et je suis totalement partant. J’ai déjà plusieurs propositions : à Paris, Blois, vers le Crotoy, près de Lyon… Les gens sont hyper motivés. Je ne ferme pas la porte, d’autant plus que je l’ai déjà fait par le passé. La différence aujourd’hui, c’est que je serai seul, ou parfois avec ma compagne pour m’aider. Ce que je demande est simple : un minimum de rémunération, parce que je me déplace, il y a des frais, et c’est mon métier. En échange, je peux aussi vendre des CD ou du merch. Je ne peux pas faire ça toute l’année sans rien derrière, c’est juste normal.

De plus en plus de choses se mettent en place : des amis me parlent de MJC, de lieux, je sens que ça se cale petit à petit. Je préfère annoncer quand tout sera bien en place. Ce que je peux déjà dire, c’est que j’ai des dates prévues en mai chez des disquaires : Balades Sonores à Paris, Blonde Platine à Amiens, le Café Disquaire à Lille, et une brasserie en Belgique. J’ai réussi à regrouper Amiens, Lille et la Belgique sur un même week-end, autour du 7, 8 et 9 mai, pour éviter les allers-retours inutiles. J’organise tout moi-même, comme une vraie tournée, en blocs, et franchement, ça me plaît.

À côté de ça, je développe aussi les live streams. J’ai commencé à tester et je trouve ça hyper intéressant, parce que c’est du vrai direct, sans triche. On ne peut pas refaire quinze prises. Il y a les erreurs, parce qu’on est humain, et c’est ça que j’aime. Personnellement, j’ai besoin d’entendre du vrai, pas de l’autotune à outrance. Même si ce n’est pas parfait, au moins c’est sincère.

Je veux mélanger ça avec ce que j’avais fait il y a quelques années dans des lieux insolites, mais de manière plus simple. (voir l’interview prédédent NDLR).  Pendant la tournée solo, il y aura des concerts dans des lieux avec du public, et parfois des lives où je serai seul dans des endroits improbables : des lieux naturels, inattendus, un peu fous. Et même lors des concerts chez les disquaires, l’idée serait de streamer en même temps, pour que les gens puissent participer à distance.

Ce que j’adore avec le live, c’est l’interaction. Il y a un vrai échange, une sorte de salon virtuel où les gens discutent en direct. Ce n’est pas comme un commentaire posté après coup. Je vais clairement développer ça pendant cette tournée solo, parce que ça enrichit l’expérience et donne encore plus de vie au live.

Merci infiniment pour le temps que tu m’accordé. Rendez vous est donc pris pour les soirées chez l’habitant ou la future tournée du groupe.

Retrouvez notre article à propos de l’interview de Sandy à propos de son album précédent : https://loudtv.net/interviews/sandy-du-groupe-kwoon-nous-parle-dodyssey/

Retrouvez le groupe sur sa page facebook : https://www.facebook.com/kwoonmusic

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