
On a coutume de dire que la curiosité est un vilain défaut et qu’il vaut mieux s’occuper de ses affaires. Mais la nature humaine étant ainsi faite, tout le monde veut tout savoir sur tout. Alors quand un concept qui vous propose de tout savoir sur nos groupes de metal (pour le moment émergeants) favoris, pointe le bout de son nez, comment refuser de céder à la tentation ? C’est le projet un peu fou, devenu réalité maintenant que Mado Mad nous explique plus en détail.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Les Apéros Metal by Mado
Bonjour Mado, peux-tu te présenter et me dire comment tu es venue au Metal ?
Bonjour Anne. J’écoute du metal depuis que j’ai 11 ans. Après avoir vu Metallica en 84 à l’espace Ballard, je suis devenue fan de metal et j’ai suivi toute l’évolution de cette musique.
J’ai également joué avec un groupe, ce qui m’a permis de voir tout le côté de l’arrière scène, que ce soit lors des déplacements ou des concerts dans lesquels tu n’es pas payée, toutes ces choses un peu négatives ! J’ai aussi fait pas mal de bénévolat à Lyon avec entre autres Sound Like Hell et Mediatone, ce qui m’a appris beaucoup de choses également.

Comment t’es venue l’idée de ce concept ?
J’avais envie, depuis environ 30 ans, de monter un lieu de vie qui rassemblerait des artistes de tous genres, des jongleurs, des cracheurs de feu, des photographes… en lien avec le metal.
A une époque, il m’arrivait d’aller seule dans les concerts, même si ce n’est pas toujours facile quand on est une femme. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens super, mais je trouvais qu’à la fin, il ne se passerait rien.
Cela a été pire après le confinement ! J’ai trouvé qu’il y avait ce manque de liens et de communication.
Tout le monde était masqué et je ne rencontrais pas les gens comme avant. Etant aussi thérapeute, je me suis demandée quelles actions je pouvais faire à mon niveau pour changer les lignes.
J’ai donc rassemblé toutes mes compétentes, perso et pro et mon goût du metal pour essayer de construire quelque chose. J’avais vraiment cette idée de parler de l’arrière scène, ce qui ne se faisait pas du tout et de « péter les codes ». J’aidais Christelle de la MJC de Savigny Sur Orge sur des concerts punk et je lui ai donc tout naturellement proposé le projet, qu’elle a trouvé génial.
Je voulais vraiment faire quelque chose qui n’existe pas. L’idée est de faire un concert et qu’il y ait un échange de questions du public vers le groupe et vice et versa, comme une conversation entre amis. Je veux qu’on parle de l’arrière scène pour la démystifier. On a une scène émergente qui rencontre beaucoup de difficultés à exister et lui faire rencontrer son public peut vraiment apporter autre chose.
C’est ma façon de faire se rencontrer les gens, d’établir une forme de lien différente, d’aider la scène locale, de créer une vraie communauté et donner une meilleure image de cette musique. Je voudrais que les gens se rendent compte que chaque musicien a une vie perso et pro et que faire de la musique demande beaucoup de boulot et de sacrifices.
Ce n’est plus tellement sex, drug and rock’n’roll, finalement. N’est-ce pas un peu triste ? (rires)
Non, on est dans un concept qui est très réfléchi, très organisé. Moi qui suis dans ce milieu depuis près de 40 ans, je trouve que les choses ont changé. Entre la comm, le son ou la façon de composer par exemple, les groupes ne travaillent plus de la même façon. Je voulais montrer cette évolution et faire se rencontrer ces deux mondes. Je voulais que chacun sorte de sa zone de confort.
Ça permet aux artistes de parler d’eux, de leur vie perso ou pro, de matos et pour ceux qui tournent depuis longtemps, ils peuvent exprimer leur ressenti par rapport à toute cette industrie musicale par ex.
Les Apéros Metal by Mado ne sont pas enregistrés, les concerts le sont, mais pas les échanges. Ça permet une plus grande convivialité, une plus grande confidentialité. Ce qui est dit restera entre nous, ça créé une sorte d’intimité.
Et justement, que viennent chercher les artistes et quels sont leurs retours ? C’est une autre façon de se confronter à leur public, autrement qu’en jouant leur musique.
Oui, c’est complètement inhabituel pour eux, et c’est cette approche qui leur plaît. Ils me disent qu’ils n’ont jamais fait cet exercice, certains me parlent de « thérapie de groupe ». Et il se passe fréquemment des trucs de ouf.
Je reste souvent en contact avec eux, ils me donnent ou je prends de leurs nouvelles. Il y a eu une connexion émotionnelle pendant ces échanges qui reste.
Je pense que cela change leur rapport à leur public, c’est autre chose que signer des autographes ou de préparer des interviews, parce qui ni eux ni moi ne savent ce qui va se passer.
Il se peut que parfois, ça parte un peu en cacahuètes ou qu’il puisse y avoir des réflexions. Il faut pouvoir alors gérer, et ramener les discussions avec bienveillance, qui est le maître mot de ce concept.
Il m’est arrivé, une fois, alors que je ne m’y attendais pas du tout, d’avoir eu des réflexions grossières et misogyne de la part d’une partie du public. Et c’est une autre part de ce même public qui a pris ma défense, sans que j’ai eu besoin d’intervenir.
Si les artistes acceptent de se mettre quelque peu en danger, que viennent chercher les spectateurs et quels sont leurs retours ?
Ils veulent approcher les artistes de près et sans filtres. Comme si on était potes même si on ne se connait pas. On se parle avec le cœur dans un vrai échange, entre public et artistes.
Si on comprend les attentes du public quelles sont celles des artistes ?
Ils sont curieux de savoir ce que le public pensait d’eux, de leur musique, de leur concert et de ce qui pouvait se dire d’eux.
Ils acceptent de se confronter à la critique.
Oui, ce n’est pas une confrontation, mais ils acceptent de recevoir des critiques. A moi, avec mes connaissances de «l’âme humaine » de veiller à ce que tout se passe bien. J’observe beaucoup le public et je fais attention à ce que les questions ne soient pas trop intrusives. Et parfois, les artistes refusent de répondre, ce qui est leur liberté absolue.
Comment choisis-tu tes artistes ? Est-ce que certains ont refusé ? Est-ce que d’autres t’ont sollicité ?
Je suis pas mal sollicitée. Un groupe a refusé parce qu’ils ont eu peur des questions. Ils étaient super partants, mais ils ont préféré dire non, parce qu’ils pensaient que c’était moi qui avais préparé les questions. Ce qui n’est pas du tout le cas. Par contre, je travaille en amont avec le groupe sur des anecdotes par ex, pour éviter les blancs et relancer la discussion en cas de besoin.
Quel est le modèle de ta structure et quel est ton modèle économique ?
J’ai une structure pro, puisque j’accompagne des gens en thérapie, et c’est elle qui me couvre au niveau des assurances pour le moment.
Etant donné que je dépense beaucoup plus d’argent que je n’en gagne avec ce concept, j’ai décidé de fonder une association, qui s’appellera l’Asso de Mado pour faire simple. J’attends le retour de la préfecture pour qu’elle soit finalisée.
Quel est le bilan que tu tires de toutes ces sessions à titre personnel ?
J’ai rencontré des gens superbes d’autres un peu moins. J’ai été confrontée à des trucs pas terribles mais qui m’ont fait grandir et poussées à me professionnaliser et donc à monter une asso.

On peut parler de ces « choses négatives » ?
Je me suis faite agresser sur deux festivals parce que des personnes voulaient voir « Les Apéros Metal du 77 » et pensaient que j’avais piqué l’idée de L’Empreinte. J’ai gentiment expliqué que les deux projets sont différents, que le nom « Apéros Metal » est libre de droit et que tout le monde peut l’utiliser. Cela m’a amenée, en accord avec l’Empreinte, puisque je suis aussi partenaire de leur structure, de changer de nom. J’ai commencé à communiquer sur les Réseaux Sociaux avec le nom « Apéro Metal du 91 – The Secret Of Band » pour que les gens voient bien la différence et je pense glisser vers « The Secret Of Band » tout simplement.
L’idée n’est pas de se battre, mais de vraiment créer une communauté. Communauté que j’aimerais voir se développer en France et pourquoi pas en Espagne. Il y a un groupe espagnol qui m’a contacté parce qu’ils adorent le concept.
Quel groupe et quel artiste aimerais-tu avoir pour tes prochaines interventions ?
Metallica bien sûr ! (rires) ainsi que Nine Inch Nails et Rob Zombie ! Mais là, on n’est plus du tout sur la scène émergeante.
Que veux-tu ajouter que j’aurais dû te demander et que je ne t’ai pas demandé ?
Comment évolue mon projet ? J’arrête mon partenariat avec la MJC de Savigny sur Orge, et je suis en discussion avec une autre salle. Je vais continuer à étendre le concept dans le sud et en Bretagne. Il y a même des groupes qui me contactent pour faire des Apéros Metal en direct. C’est génial parce que ça ne s’est jamais fait.
J’ai des tas d’autres projets, mais ça on en reparlera une autre fois.
Retrouvez notre article à propos de l’interview du groupe Harsh : https://loudtv.net/harsh-nous-parle-de-son-album-out-of-control/
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