
Deux ans après avoir sorti leur deuxième album « Messe Basse », Nature Morte nous offre « Oddity », un nouvel opus à l’identité bien marquée. On y retrouve la marque de fabrique du groupe entre ombre et lumière, une dichotomie entre un chant agressif et rugueux et des lignes mélodiques aériennes et planantes. Bref, une Singularité qui trace son propre chemin sans se soucier des frontières stylistiques et du quand dira-t-on.
Bonjour Chris, bonjour Stevan. Nature Morte sort son troisième album Oddity, le 29 septembre, comment s’est passée la composition ?
Chris : bien, deuxième question (rires)
Stevan : comme d’habitude, j’ai tout fait et ils ont joué (rires). Plus sérieusement, on avait déjà commencé à composer dès la fin de l’album précédent.
On parle de maturité pour le 3ème album, peut-on dire qu’en ce qui concerne Nature Morte, c’est celui de la singularité ?
Stevan : c’est ce qu’on dit parce que notre album s’appelle comme ça. Je pense que c’est celui de la confirmation, parce que c’est la suite logique du précédent. On s’est permis plus de choses, et on a pris plus de temps pour le composer.
Chris : et surtout parce qu’on travaille avec une très, très belle agence, qui s’appelle l’Agence Singularité et ils sont vachement bien (rires). Cela dit, je pense que c’est un album sur lequel on ose plus s’affirmer. On n’est pas non plus Metallica, mais on se dit qu’on existe, parce qu’il y a encore des gens susceptibles de vouloir nous écouter et parce qu’un label nous a sollicité pour le sortir.
On retrouve ces oppositions entre ombre et lumière, le contraste entre le chant et la ligne mélodique parfois très planante. Qu’en pensez-vous ?
Stevan : on avait déjà fait ça sur l’album précédent. Je trouve que sur celui-ci, le chant est plus assumé parce qu’il est moins réverbéré et parce qu’il est plus « dans la gueule ». La musique plus mélodique et les arrangements encore plus travaillés font que le contraste est plus important
Chris : c’est vrai qu’on s’est autorisé d’autres choses. J’ai posé ma voix là où Stevan ne m’attendait pas parce que le morceau était suffisamment mélodique. Et à l’inverse, sur des passages très speed, très énervés, il me disait qu’il n’y avait pas besoin de chant. Le morceau était suffisamment « agressif » ou du moins l’émotion qu’on voulait poser était présente.
C’est une volonté pour Nature Morte de s’affranchir de toute frontière stylistique et de sortir des carcans ?
Chris : oui et non parce que qu’on ne le fait pas exprès, ça se fait naturellement. On ne cherche pas à choquer, ni à faire ce qui a déjà été fait.
Stevan : on a beaucoup d’influences, on écoute et on aime beaucoup de choses très différentes, parfois loin du metal. Comme le disait Chris, tout a déjà été fait et bien fait. L’idée est avant tout de raconter quelque chose, de trouver de belles mélodies, d’évoluer, et d’avoir de belles progressions dans nos morceaux.
Quels sont les thèmes que vous abordez dans cet album ?
Chris : des choses beaucoup plus personnelles, positives ou négatives. Mais je parle également de mes rêves, ce que je ne me permettais pas avant.
Dans l’album précédent, je parlais de mon regard sur la société, de qui nous sommes, de la façon d’agir des gens et ça avait tendance à m’énerver. Dans celui-ci, j’ai essayé de faire des choses qui me rende « heureux ».
J’ai un côté plus « Lynchien » dans mon rapport aux paroles et à la musique de Stevan. J’ai toujours en tête, une très ancienne interview de Lynch qui expliquait sa façon de travailler. Il disait qu’il avait besoin de siestes pour être productif et qu’il notait ses rêves sur un carnet. Je ne me rappelle jamais des miens, alors quand ça m’arrive : alléluia ! Je me suis amusé à faire la même chose. J’ai trouvé ce côté « rêveries », « imaginatif » très cool.
On va parler de « Here Comes The Rain » avec Cindy Sanchez. Comment s’est faite la rencontre avec cette artiste, pourquoi elle et pourquoi cette volonté de mettre une autre couleur de voix ?
Chris : je n’ai pas été le seul à écrire sur Oddity. Stevan a aussi écrit et composer. Ce n’est pas aussi bien fait que si c’était moi (rires) mais j’ai trouvé très chouette qu’il se prête à cet exercice. Donc, il est plus à même d’en parler.
C’est quelque chose que tu voulais faire depuis longtemps ?
Stevan : J’avais envie d’avoir une artiste féminine depuis très longtemps. J’ai d’abord composé, écrit et arrangé le morceau. J’ai ensuite connu Lisieux, le groupe dark folk de Cindy. Elle a un univers particulier et j’ai adoré son identité visuelle et vocale. Je l’ai contacté par internet. Quand on a commencé à travailler ensemble, elle m’a envoyé des démos et je beaucoup aimé son travail ! Elle sortait un peu de sa zone de confort, parce qu’elle a une voix plus aigüe. Mais, je l’ai laissé faire sa propre interprétation, et je trouve qu’elle a très bien joué le jeu.
Chris : Tout ça s’est fait avant qu’on soit chez Frozen qui est également le label de Lisieux. Ce n’est pas du tout une collaboration due au label.
Nothingness avec Lionel Forest est un morceau très planant. Une autre ligne de chant qui m’a fait penser à Léonard Cohen.
Chris : tout à fait ! Lionnel est chanteur dans « Cloudy Skies » qui mélange du post rock, shoegaze, metal …
Stevan : c’était le but ! Sa voix rappelle effectivement Léonard Cohen, mais aussi Nick Cave. On a écrit les paroles Chris et moi (essentiellement Chris), mais il s’est vraiment approprié les lignes de voix et avec sa voix très grave, il a su déclencher des émotions. Lionel est un copain de longue date.
Chris : Je trouve qu’il y a un truc à la Nick Cave dans son interprétation. Il nous a surpris dans sa façon de s’approprier les mots, et avec ses intonations. Même si Stevan l’a un peu drivé au début, tout cela s’est fait naturellement.
C’est intéressant de laisser les artistes se réapproprier vos morceaux !
Chris : complètement. On n’a pas composé en fonction de la palette de ces chanteurs. Ce sont vraiment des morceaux de Nature Morte sur lesquels je ne pouvais pas chanter. Et ils ont réussi à avoir leur patte sur notre musique. C’est un beau mélange et je trouve ça très chouette.
Ces morceaux sont répartis de façon judicieuse sur l’album, comme de petites pauses.
Chris : le but de Stevan, était de dérouler cette histoire comme dans un film. On démarre sur les chapeaux de roue avec cette orchestration et ces cymbales. Puis, on rentre dans le vif du sujet avec un genre musical sur lequel personne ne nous attend, puisqu’on va vers une autre référence musicale. On repart, mais on a besoin d’une respiration, et on termine sur des notes plus calmes.
On va parler aussi Fireal (Deftones cover – Bonus track)
Chris : qui ne figure pas sur l’album physique. Celui-ci finit avec le morceau avec Lionel, et sur le stream on a cette reprise. Entre les deux il y a ce morceau sans titre ! On a donc une double fin ! C’est un peu comme au cinéma. On a le générique (avec Untiled) et le post générique avec cette reprise !
Je tenais à parler d’un autre morceau qui ma vraiment scotché : Monday is Fry Day. C’est une histoire terrifiante !
Chris : cool, c’est gentil ! (sourires) C’est un de mes rêves, mais chacun en fera son interprétation. Le lundi est une journée de merde, parce que c’est le premier de la semaine et c’est insupportable ! (rires) Mais dans le morceau ça l’est encore plus parce que c’est la dernière d’un condamné à mort ! Le titre vient des slogans scandés devant la prison de Ted Bundy avec ce jeu de mot : Mondy is not Friday (lundi n’est pas vendredi) /Monday is Fry Day (lundi est le jour de la friture. (Il faut savoir que Ted Bundy a été exécuté sur la chaise électrique – NDLR)
Vous sortez Oddity chez Frozen Records, comment s’est faite la rencontre avec le label ?
Stevan : on s’est contactés via les réseaux sociaux. On leur a fait écouter l’album et ils nous ont dit qu’ils l’avaient beaucoup aimé. Leur emballement a fait que la rencontre a eu lieu.
Chris : on avait une confirmation avec Source Atone. Ce n’est pas très gentil pour eux, mais on ne leur a pas caché qu’on avait des approches d’autres labels. C’est comme quand on fait des travaux, on a besoin d’une contre-expertise. On a eu cette proposition et on a été plus qu’agréablement surpris par leur enthousiasme.
Toujours enregistré et mixé avec Edgar Chevalier ?
Stevan : oujours avec Edgar qu’on connait bien. Pour l’album précédent, c’était un peu le bordel ! Il fallait finir avant 18 h à cause du confinement. Là, on a pris plus de temps. On a enregistré et mixé l’album en une dizaine de jours.
Chris : il nous connait bien parce qu’on avait déjà travaillé avec lui pour Messe Basse. Cette fois ci, on a eu une autre approche, on s’est permis de lui faire écouter beaucoup de nouvelles choses. Il n’était pas forcément dans sa zone de confort puisqu’on cherchait à changer notre façon de travailler. Mais c’était une super expérience. Et n’allez surtout pas le voir, parce qu’il n’y aura plus de place pour nous (rires).

Pourquoi cet artwork complètement inattendu et hors contexte ? Qui l’a conçu et pourquoi tant de couleurs tendres ?
Chris : Ce n’est pas simplement une palette de couleurs, c’est un crâne ! Il est de profil, et on voit l’œil et le nez. Et au verso, il s’agit d’une bougie ! C’est presqu’un trompe l’œil et c’est fait exprès.
On peut être déstabilisés quand on voit les différents artworks de Nature Morte !
Chris : Ben justement il faut s’ouvrir ! On n’en a marre des pochettes avec des mecs maquillés en blanc et noir avec des crânes ! Ah zut… on n’en a un nous aussi ! (rires)
Les gens sont tellement sollicités qu’on voulait changer, après deux albums avec des photos. Même si Matthieu Venot est photographe, il nous a proposé une autre approche, en s’appropriant en plus notre logo. C’est quelqu’un qui n’écoute pas du tout de metal. Mais il nous a proposé cet artwork après avoir écouté l’album, en travaillant avec ses influences musicales et avec ce que l’album lui évoquait. C’est la suite logique du titre de l’album.
Cela rejoint tes rêves ?
Chris : Ça dépend lesquels (rires). Il y a effectivement un coté rêverie avec le flou de cette image. On voulait quelque chose qui peut paraître abstrait au premier abord, mais qui a, comme notre musique, sa propre identité
Comment allez-vous défendre cet album ?
Chris : on a une mini tournée française qui démarre mi-octobre, avec le Tyran Festival, on va ensuite traverser la France. On cherche à défendre notre album, en étant en support d’autres groupes, en espérant faire pas mal de festivals sur l’été 2024.
Retrouvez le groupe sur sa page facebook : https://www.facebook.com/ntrmrt
Retrouvez notre article à propos du premier clip du groupe : https://loudtv.net/clips/nature-morte-revient-avec-banquet-overflow-for-the-mind-house/





