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Source Atone Records : le label raconté par Arnaud et Krys

Source Atone Records

 

Longtemps demeuré le seul moyen d’écouter de la musique, les vinyles et autres CD ont bien failli disparaitre. On s’aperçoit aujourd’hui que la nostalgie les remet au goût du jour.  Mais que savons nous vraiment du chemin parcouru par ces galettes de PVC noir ? Une des étapes importante de la vie d’un album passe souvent par un label. A l’occasion des « Dimanches de Metal In Paname » je vous propose de découvrir « Source Atone Records » raconté par ses fondateurs Kryss et Arnaud. Rencontre avec deux passionnés.

Bonjour Source Atone Records. On est là aujourd’hui pour parler de votre label,  mais tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et expliquer ce qu’est un label et quel est son rôle dans la vie d’un artiste et dans celle d’un album ?

Arnaud : je suis Arnaud, ancien représentant pour une maison de disques. Kryss et moi sommes voisins avec les mêmes goûts musicaux. Cette idée de fonder un label nous trottait dans la tête, et on s’est lancés en 2020.

Un label est là pour appuyer et aider les groupes. On va s’occuper du pressage que se soit CD ou vinyle. On va faire en sorte que le groupe fasse parler de lui en termes de diffusion, au moment de la distribution physique. On a un distributeur qui met les albums dans les bacs ou sur l’E-shop. Il y a ensuite l’aspect pré-numérique, avec la sortie en ligne. On va coordonner la promo avec une agence dédiée (Agence Singularités NDLR). Et si on en a l’opportunité, on peut essaye de mettre  nos groupes en contact pour qu’ils puissent trouver des dates ou tournées communes.

Kryss : C’est une demande qu’on a souvent de leur part ; ils nous demandent de leur trouver des concerts ou de leur faire toute la promo. Nous avons toujours été très clairs avec eux en leur disant qu’on se chargeait de tout ce qui est « manufacture » des albums physiques jusqu’à les mettre dans les points de vente et de faire en sorte qu’on les voit. Par contre, on a tous les deux du mal à prendre cette casquette de booker, parce que c’est un travail à temps plein et que nous n’avons pas tous les contacts, contrairement à ceux que peut avoir Arnaud chez les disquaires grâce à son ancien métier. Cependant on peut parfois donner des petits coups de main, en les mettant  en contact avec des booker, ou si on entend parler d’une première partie. On va dire qu’on est comme une « plateforme de connexion » avec les différents professionnels.

Ce n’est pas votre métier premier ?

Arnaud : non, c’est un métier à part entière. On peut appuyer avec nos différents contacts mais c’est ponctuel. Et on a suffisamment de travail ne serait ce qu’avec l’aspect administratif qui est très lourd, avec les déclarations à la SACEM par ex.

Kryss : il y a aussi la défense de nos musiciens. Il est arrivén il y a quelques années de constater qu’un groupe avait une pochette quasi similaire à un de nos artistes dont l’album était sorti quelques mois auparavant. Je me suis permis de leur écrire pour leur demander de la modifier. On a négocié, ils ont compris que cette ressemblance aurait été négative pour tout le monde et l’ont changée.

A : on essaye aussi de se déplacer à des manifestations comme celle-ci où on a des stands, pour faire parler de nous,  et présenter notre travail.

Quels sont vos critères de sélection pour vous occuper d’un groupe ? Et est-ce que vous avez refusé des artistes parce qu’ils n’étaient pas dans votre cœur de cible ?

K : Il y a deux raisons pour lesquelles on va refuser un artiste. D’abord ne pas voir trop grand au regard de nos capacités de travail, de nos finances… En revanche, nous nous sommes toujours promis Arnaud, Yann (qui a rejoint le label) et moi de sélectionner ensemble les groupes. On fait deux ou trois écoutes, séparément puis en groupe et on arbitre en cas de désaccord, parce que c’est important de laisser sa chance à chaque artiste. Cependant, nos choix (même si je n’aime pas le terme) sont « militant » parce que ce serait mentir que de dire qu’on s’investirait à fond si on n’aimait pas ce que font les groupes qu’on choisit. On veut rester fidèle à ce que nous sommes depuis le départ et continuer à le faire.

A  : On va dire qu’il faut que le coté artistique nous plaise, mais aussi le coté humain. Il faut qu’on sente qu’il y a un bon feeling et que chacun apporte à l’autre.

Et il y a l’aspect technique : nous avons tous des boulots à coté, et donc que nous n’avons qu’un certain temps à accorder à cette activité. Et enfin l’aspect financier, il faut faire un certain nombre de sorties par an pour le faire correctement.

Pourquoi un artiste ferait appel à un label alors qu’il a tout Internet pour se faire découvrir ?

A : Bonne question.

K : La question peut effectivement se poser. Je dirais clairement que si un groupe a déjà sa fanbase, qu’il tourne et qu’il vend par lui-même ses albums, il n’a aucun intérêt à venir dans un label. On peut me dire que je me tire une balle dans le pied en disant cela, mais pas tout à fait. Parce que nous nous occupons de groupes émergents, c’est à dire d’artistes en développement à qui nous apportons un coup de pouce. Par contre, venir dans un label peut être utile si on veut se sentir comme dans une « famille ».

A  : Nous sommes ouverts sur pas mal de styles tout en essayant d’avoir une cohérence entre les groupes. S’ils se reconnaissent dans une certaine image « sombre » ou « extrême », l’étiquette du label peut leur convenir.

Il y a toujours une cohérence, entre les groupes que vous signez.

K La nôtre est stylistique parce que nous avons trois volets : le noise un petit peu planant pop-rock, le black metal ou grind et aussi cette lignée post. Je n’aime pas trop cette étiquette parce que ça pourrait nuire au groupes alors qu’elle est très intéressante parce que ces derniers arrivent à mixer différents styles. On a à cœur véritablement de marier les genres que nous aimerions écouter chez nous.

A  L’idée est de ne pas rester sur quelque chose de traditionnel parce que plein de labels le font déjà très bien. Nous on est plutôt sur un « truc » de niche pour les vrais passionnés qui veulent trouver des choses intéressantes.

Et pourquoi devrait-on acheter un CD ou un vinyle alors qu’on peut tout équiter en streaming ? (rires)

K : Moi, j’ai ma petite idée sur la question. J’aime acheter un album ou un vinyle peut-être parce que je suis un enfant des 80’. Mais il m’arrive souvent d’être frustré quand je constate que les groupes n’en profitent pas pour développer leur univers visuel. Ça devrait être le prolongement de ce qu’ils ont voulu faire et dire. Et une pochette peut tellement porter la musique ! On se rappelle tous la pochette iconique de Black Sabbath !!

Il en est de même des textes. Ça permet d’une part de nourrir les auditeurs, mais aussi d’avoir un échange avec eux ensuite.

Le visuel est pour moi tout l’intérêt de l’album physique. C’est notre marque de fabrique que d’essayer avec nos moyens,  à chaque fois d’avoir des livrets de 8 à 14 pages, de faire de jolies choses parce que c’est un objet passion.

A  : Les gens comprennent bien qu’acheter un album physique est un moyen de soutenir les groupes et le label.  C’est l’envie d’aller au-delà que simplement qu’une simple écoute sur des plateformes.

Et le plaisir de faire dédicacer son album à la fin d’un concert, de remercier le groupe pour ce moment de plaisir !

K : J’adore ! J’adore rencontrer des gens même si je suis toujours un peu gêné. Je n’ai pas encore ce réflexe de me dire que c’est normal qu’on vienne me voir. Parce que je pense toujours que je pourrai faire mieux. C’est vrai qu’en tant que groupe émergeant lorsque quelqu’un demande une dédicace, c’est à la fois flatteur, déstabilisant mais pas vilain ! (rires)

Est-ce qu’on peut parler de votre modèle économique ?  Est-ce que vous avez un modèle économique ?

K : On essaye.  (rires)

A : L’idée est que tout l’argent qui sort sert à continuer tout simplement. Nous ne nous versons rien. On souhaite que le label perdure qu’on continue à sortir des albums et qu’il s’inscrive dans le temps. Et si on arrive un jour à se développer, tant mieux.

K : Le concept est d’avoir un fond de roulement nécessaire. On explique aux groupes que ce qu’on engage sur eux doit revenir à un moment donné au label, mais pas pour lui en tant que tel, mais pour un autre artiste. On veut faire en sorte que l’argent qu’on a investi au départ serve à faire évoluer les groupes. On peut se féliciter que depuis deux ans, nous n’ayons plus d’argent à réinjecter.

On ne va pas le cacher certains moments sont plus difficiles que d’autres. Parque qu’il faut payer les factures, parce que les rentrées d’argent n’arrivent pas au bon moment, parce que certains albums vont marcher instantanément, d’autres un peu plus tard…

Le seul « argent » qu’on réinvesti c’est notre temps et c’est ce qu’il y a de plus précieux au fil de l’année.

C’est-à-dire que le temps, c’est de l’argent.

K : Oui, mais qui n’est pas valorisé ! Certains groupes ont l’image du label qui roule en Porsche ! Nous on aimerait bien (sourires). Mais ce n’est pas si simple.

Notre plus grande victoire c’est quand un groupe revient pour signer le prochain album chez nous. Il y en a de plus en plus et c’est notre plus grande fierté !

A  : il faut trouver une collaboration dans laquelle tout le monde se retrouve.

Comment vous vous positionnez par rapport aux majors ?  Est-ce que vous ne prenez pas une part de risque ?  Et est-ce qu’il y a des groupes qui sont partis ?

K : Il y a des groupes qui sont partis, oui.

A :  Il y en a un ou deux qui sont partis ailleurs sans forcément avoir des propositions mirobolantes. Peut être que certains points leurs convenaient mieux.

K Il faut avouer que Arnaud est plus diplomate et moi plus direct. Mais il est nécessaire de « remettre l’église au centre du village ». Faire la promo d’un groupe implique beaucoup de choses derrière. Et personne ne peut demander plus que pour les autres. Ça ne passera jamais, parce qu’on a ce côté alternatif qu’on avait dans les années 90-2000 et qu’on n’a jamais quitté. On perdrait ce qui fait notre ADN si on se focalisait sur un seul « gros groupe », en mettant tout le budget dessus et ne faire que ça.

A  :  On ne propose souvent que des deals sur UN album. Alors que si idéalement on avait suffisamment les reins financiers solides, on pourrait le faire sur deux ou trois albums comme le font les gros labels. En effet, le premier tu défriches le groupe et tu vas ramer au départ. Le deuxième ça va mieux et le troisième ça commence souvent à mieux marcher.

K :  Il nous est arrivé de signer pour un EP pour quelques groupes, parce qu’on savait qu’il y aurait un album ensuite. Il faut savoir que l’un et l’autre nous demande autant de travail. Le prix du pressage est le même, et c’est plus difficile à défendre en presse. Cela nous a bien réussi jusqu’à maintenant parce que ces musiciens sont cools et qu’on s’entend bien avec eux. C’est notre côté « familial ». Si on n’est pas là pour la rentabilité, il faut quand même sécuriser notre activité.

Pourquoi vous êtes venus au Dimanche Metal in Paname et qu’on attendez vous ?

K J’en attendais beaucoup et je ne suis pas déçu. On a rencontré des gens, on se positionne, on commence à nous repérer. Et surtout c’est près de la maison ! (rires) Parce qu’il faut bien avouer que faire des festivals à 500 ou 600 bornes n’est pas ce qui nous a le plus aidé en termes de rentabilité ! Venir et soutenir ce genre de manifestation est dans la démarche de notre label.

A  : Cela nous fait de la visibilité et c’est toujours bien de discuter et de montrer ce que l’on fait.

 

Atone Mass II
Atone Mass II
Tu parlais de festivals. Et justement, le 12 avril aura lieu l’Atone Mass 2, pouvez-vous m’en dire un peu plus ?

A : Ce sera au même endroit que l’année dernière et on espère qu’il fera beau. On aura une belle salle que l’on pourra éventuellement ouvrir vers l’extérieur. On garde notre ligne de conduite : faire jouer les groupes du label. Il y en aura 5 que l’on a récemment signés et qui ont sortis des opus en 2023/24.

K : Ce qui est important dans l’Atone Mass c’est de se retrouver et de proposer ce que fait le label. On n’arrête pas d’avoir des sollicitations pour venir jouer, et je comprends très bien les difficultés de trouver des dates. Cependant, je pense que tous ces groupes qui sont demandeurs ne sont pas solidaires : ils viennent jouer, mais ce sont des gens qu’on ne voit pas sur d’autres concerts. Je ne leur en veux pas mais je considère que soutenir la scène est un tout.

On en a beaucoup discuté entre nous : pourquoi pas une grosse tête d’affiche pour ramener du monde. Mais on reste au même endroit, avec une salle qui n’est pas énorme, mais qui nous convient. Cela nous permet de rencontrer des gens et de passer un bon moment et de jauger la valeur de notre travail.

On fait travailler les commerçants autour de nous et on essaye de s’inscrire dans la ville. Hélas, je dois avouer que nous n’avons pas un grand soutien pour le moment. On reste sur cette « réputation » qu’à le metal. On en est à la deuxième édition et les gens vont peut être voir qu’il n’y aura pas de voitures brulées ! Effectivement, si je n’aime pas de terme, on a ce coté militant et on défend ce qu’on fait.

Est-ce que c’est important pour toi d’avoir ce côté indépendance ? Puisque tu es artiste dans ton propre label.

K : Ça a été la Grande Question ! Notre album Ecr L’Inf a été coproduit avec My Kingdom Music et nous. Il faut savoir que je ne suis jamais intervenu à aucun moment de ce processus. J’’ai laissé Arnaud travailler la dessus parce que j’étais très mal à l’aise d’être juge et parti. Ce sont Yann et lui qui m’ont motivé en me disant qu’ils aimaient l’album. Et ils ont eu raison parce qu’on est très vite tombé en rupture de stock.

A  My Kingdom Music est un label pro qui existe depuis 20 ans et qui a des connexions que nous n’avons pas. Donc l’alliance marche plutôt pas mal.

K : il n’avait pas de distribution en France. C’est mon label, historiquement de cœur, et j’apprécie beaucoup son responsable.

Et qu’est-ce que j’aurais dû vous demander que je ne vous aie pas demandé ?

K :  Si on dort encore (rires) ! Très clairement c’est une passion qui nous prend du temps ! Mais il faut que le metal perdure ! C’est vrai qu’on a eu une fin d’année compliquée parce que quelquefois, il y a des groupes qui demandent beaucoup et qui ne se rendent pas compte du travail que l’’on fournit.

Sachez que même si nous n’avons pas encore répondu à tout le monde, on écoute tout. Cela nous prend du temps parce qu’on ne peut pas dire qu’on va signer quelqu’un juste en écoutant deux notes. Ça c’est dans les films américains. On se doit de regarder si le groupe a une fanbase, d’aller les voir discrètement en live, sans forcément le dire. La seule chose importante c’est que nos actions se rejoignent, c’est de faire vivre une scène qui a de très bons talents. Par contre, il y a aussi beaucoup d’égo pour peu d’intérêt et c’est pour cela qu’il faut encore travailler.

A  : je n’ai rien d’’autre à ajouter. Un grand merci pour ton soutien.

 

Retrouvez notre interview à propos du groupe Ecr L’Inf : https://loudtv.net/dorian-lairson-et-krys-denhez-nous-parlent-des-belluaires-decr-linf/

Retrouvez toutes les infos sur la page facebook du label : https://www.facebook.com/Sourceatonerecords

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