
Si vous n’avez jamais entendu parler d’Akiavel, c’est que vous vivez peut-être dans une grotte (ou dans la Haute-Loire), et qu’en plus, vous n’êtes pas abonnés à Loud TV (et ça, c’est encore plus fâcheux que d’habiter en Haute-Loire.)
Pour les retardataires, Akiavel, c’est un groupe français du sud qui sillonne les oreilles et les routes depuis maintenant quelques années avec son death tantôt brutal, tantôt symphonique, tantôt les deux en même temps, parce que c’est carrément meilleur.
Aujourd’hui, on se retrouve pour causer plus particulièrement du quatrième opus d’Akiavel, le bien nommé In Victus (et ne faites pas comme moi : prononcez bien le nom à la latine, et pas avec un bon « u » bien de chez nous, sous peine de passer pour une sotte en interview avec Auré).

In Victus : un recueil de résilience signé Akiavel
Avec In Victus, Akiavel nous offre un recueil limite littéraire. C’est en tous cas comme ça que je l’ai pris : comme un recueil de nouvelles qui, sans être dépendantes les unes des autres, offrent une réflexion sur la résilience post-dramatique, voire traumatique.
Chaque « nouvelle » se veut partir d’un fait divers sordide pour explorer la notion de résilience. L’idée n’est justement pas de nous faire un récit voyeuriste de ces faits en question ; il y a chez Akiavel la volonté de nous démontrer la force dont font preuve les individualités qui ont expérimenté les situations de survie.
Et c’est appréciable : là où beaucoup d’œuvres traitent de la folie humaine, Akiavel prend le parti de mettre l’accent sur la reconstruction après le drame, l’adversité après le pire, la résilience après l’horreur.
In Victus, c’est donc un recueil d’histoires qui ne traite que d’émotions brutes, sur fond de puissance musicale. C’est un album qui conjugue violence et mélodie avec une aisance vocale égale à elle-même : impressionnante.
Et c’est surement parce que l’album est pensé autour de la résilience qu’In Victus est particulièrement cohérent : ce fil conducteur nous embarque dans un voyage intense et immersif, à écouter d’une traite ou, comme un recueil, à explorer chanson par chanson, quand bon nous semble.
Un retour en puissance musicale pour Akiavel
Musicalement, Akiavel reste sur sa lancée. Les compositions sont efficaces et équilibrent à merveille la lourdeur du death avec des touches mélodiques subtiles, sans jamais tomber dans l’excès. Les rythmes sont posés et construits avec rigueur, ce qui témoigne d’une production ultra carrée et soignée.
Sur le plan vocal, le niveau de prestance et de charisme qui caractérise Auré est, comme à son habitude, remarquable. Je n’emploierais pas ici le terme de performance, qui implique un résultat de l’ordre de l’exceptionnel. Si vous avez déjà vu Akiavel en live, vous savez de quoi je parle : Auré est dotée d’une force vocale naturelle qui, sans jamais être dans la démonstration justement, maitrise son instrument.
La guitare de Chris, la basse de Jay et la batterie de Butch n’en sont pas pour autant de simples accompagnateurs : chacun est à sa place et occupe l’espace qu’il doit occuper, au bon moment. Il s’agit bien d’une œuvre d’ensemble.
Si vous lisez mes chroniques (et sinon : « pauvre sots, vous n’êtes dignes que de mon indifférence » comme diraient des gens pas très connus), vous savez que je m’attarde systématiquement davantage sur la batterie.
Si on sent que les parties batterie ont été écrites et jouées avec méticulosité et logique, je regrette parfois un manque d’émotions dans l’instrument : une envolée de toms un peu plus folle ou un petit coup de double en plus auraient certainement donné une dimension supplémentaire à In Victus.
In Victus en chansons
A la première écoute, certains morceaux se démarquent particulièrement, notamment Lights for Life, qui procure des frissons avec une voix et des émotions saisissantes, ou encore Guillotine, d’une intensité implacable. Comme je le disais, l’album, dans son ensemble, s’écoute d’une traite, chaque titre apportant son atmosphère propre tout en s’insérant dans un univers cohérent.
Promise to My Daughter offre un morceau à l’émotion palpable, plus nuancé dans sa dynamique. On y retrouve une intensité contenue qui éclate par moments, portée par une interprétation quasi habitée. Heart in Chrysanthemums se distingue par une atmosphère plus dramatique et une progression maîtrisée, alliant puissance et mélodie dans un équilibre saisissant.
Violet laisse transparaitre un final brutal et sans concession. Si le titre est peut-être un peu abrupt dans sa conclusion, il laisse une impression forte, comme un dernier coup de massue avant le silence.
A ma première écoute, c’est ce silence qui m’a déconcertée et qui m’a donné une impression de fin en suspens. J’avais envie d’un prologue pour In Victus dans son ensemble, une conclusion générale. Après plusieurs écoutes, je me dis que ce silence, c’est peut-être tout simplement ça la résilience.
Un tournant pour Akiavel
In Victus offre à Akiavel une progression supplémentaire dans son parcours. Pour moi, même si chaque album a son charme (je vous remets une chronique Loud TV ci-dessous), chaque nouvelle production d’Akiavel démontre un step franchi pour le groupe.
https://loudtv.net/chronique-du-nouvel-album-dakiavel-akiavelique/
Je ne l’ai pas encore mentionné mais l’artwork, marqué par la présence de fleurs en quatrième de couverture (réalisé par Dhomth Art), apporte une dimension esthétique forte. Il propose à sa façon un accord « fleurs / chansons » inédit (on attend aussi l’accord vins et cognacs / chansons de Chris), contraste saisissant avec la brutalité musicale.

Globalement, In Victus témoigne d’un travail soigné, abouti et dont le souci du détail fait clairement la différence. L’album, actuellement défendu en live par Akiavel, prend une nouvelle dimension plus dynamique, plus riche et davantage émotionnelle avec Ranko (eOn) à la batterie, en remplacement de Butch. Il est à gager que, pour le prochain album, Akiavel passerait un nouveau step en allant sur une batterie plus affirmée.





