
Il est des groupes qui vous surprennent à la première écoute et vous emmènent dans des mondes inconnus. Ils vous prennent par la main pour vous faire découvrir un univers improbable dans lequel Frédéric Chopin ou Franz Liszt se seraient accoquinés avec un chant hardcore et un piano en furie. Si on ajoute la modernité d’un synthé bass et une batterie au rythme endiablé, on découvre alors cet opus atypique qu’est « ALL THE LIGHTS ON ». On pourra aimer, ou détester, mais on ne pourra pas rester indiférent à la musique de My Own Private Alaska.
Bonjour My Own Private Alaska, tout d’abord qu’avez-vous vous envie de dire à propos de votre album
Tristan Moquet : on considère que c’est notre « vrai » deuxième album. On a, en effet, sorti plusieurs EP depuis le début de notre carrière (2007), un premier album en 2010 et enfin celui-ci. Il fait la part belle à un renouveau puisque nous avons intégré une quatrième personne qui est Laure. On est très contents d’être de retour et impatients de voir ce que ça va donner sur scène avec elle et de voir la réaction du public.
Laure Mullet-Feuga : je dois préciser que je remplace Matthieu Laciak dit « Galak » qui a composé les partitions de basse. J’ai hâte d’être sur scène et de défendre ce magnifique album.
Matthieu Miegeville : c’est le meilleur album de MOPA !
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et me raconter un peu votre histoire ?
Tristan : je suis le pianiste, je fais parti des membres fondateurs. Nous étions un trio au départ avec un autre batteur.
Laure : je suis dans le groupe depuis un an environ, au synthé/bass
Matthieu : Milka pour les intimes, au chant depuis 2007
Le nom de votre projet est une mélange de deux titres de films : My Own Private Idhaho de Gus Van Sant et de Into The Wilde (dont le héros part en Alaska) pourquoi ces choix et le cinéma (ou ce cinéma) prend-il une place dans votre musique ?
Matthieu : oui et non ! Même si nous sommes attentifs aux autres arts, le cinéma ne nous influence pas plus que ça pour la création ou les paroles. Par contre, on aimait cette sensibilité qu’on retrouve dans le film de Gus Van Sant et l’idiome « My Own Private » nous plaisait par le coté extrêmement intime qu’on avait envie de donner à notre musique. Cela peut paraitre étonnant, mais l’ouverture de notre projet vers public n’était pas vraiment prévue au départ et s’est faite au fil du temps.
Ta référence à « Into The Wilde » est très bonne, mais ce sont eux qui nous ont pompés !!! (rires). Yohan (« Y » Hennequin, l’ancien batteur) et moi avons halluciné de voir ce film à sa sortie, parce que le groupe existait déjà et qu’on avait sorti l’album.
Notre idée première, comme celle du film, était de rompre et de fuir les côtés « pourris » de la société moderne, ses aspects superficiels, le « check me out » numérique. On voulait faire que l’Ecosse ressemble à la Cote d’Azur ! C’est pour ça qu’on aimait le coté rugueux de l’Alaska. !!!!
Ce film nous a beaucoup touchés et surtout la BO du film avec Eddie Vedder qui chante « Long Nights ».
Les thèmes de votre album sont aussi très sombres : ça parle de quête perdue, du poids des traumas, de rédemption (on en revient aux titres de films dont on parlait en début d’interview)
Matthieu : il est clair que nos thèmes sont souvent très difficiles, je chante rarement la pizza napolitaine ou les embouteillages à Paris (quoique ça peut être très dur !!!) (Rires)
Je suis d’accord avec toi, et je ne m’en rendais pas forcément compte, mais c’est ce qui nous a plu dans ces films.
Cela me fait penser également à « Insomnia » avec Al Pacino. Policier, originaire de Los Angeles, il vient en Alaska pour enquêter sur un meurtre. Il sombre dans la folie parce qu’il n’est pas habitué à ce que le jour ne se couche jamais.
Il est évident qu’on aime ces ambiances et ces sensibilités.
Tristan : la phrase de ce film dit qu’il y a deux sortes de personnes qui vivent en Alaska : ceux qui y sont nés et ceux qui viennent pour fuir quelque chose ou quelqu’un. Ça représente complètement notre musique ! On voulait fuir une certaine société et cette musique qui parfois est trop formatée. Elle peut parfois être rassurante, permettre de faire partie d’un groupe et de pouvoir se comparer. Mais cette façon de faire ne nous intéressait pas et on voulait aller voir ce qu’il était possible de faire ailleurs.
Comment se passent l’écriture et la composition ?
Tristan : j’ai longtemps composé seul les parties de piano sur lesquelles on travaillait tous ensemble ensuite. Depuis peu de temps on procède autrement en composant en répétition. Cela nous a permis de mettre plus en avant des passages en binôme (clavier basse/batterie – batterie/chant) et moins de chant ou de piano seuls. C’était très intéressant et ça nous ouvre à autre chose.
Matthieu : on voulait donner plus de place aux personnes qu’on a fait rentrer dans l’aventure, pour qu’ils ne soient pas que des exécutants mais qu’ils puissent être épanouis
Laure : pour ma part, je suis arrivée après ce processus de création. Mais j’ai pu constater la cohésion de ce groupe. Ils sont présents, et attentifs aux propositions des autres. Ce qui a facilité le tournage du clip « Ka Ora » parce qu’on s’est nourri les uns les autres et que c’était très fluide, parce qu’on allait dans la même direction.
J’ai adoré le côté classique du piano. (Tu aurais pu faire du piano jazz ! ) Quelles sont tes influences musicales?
Tristan : elles sont essentiellement classiques. J’ai commencé le piano à 5 ans. J’aurais pu effectivement faire du jazz mais ce n’est pas ma culture. Ma grand-mère est d’origine russe et quand j’allais chez mes grands parents, on écoutait beaucoup de musique. C’est comme ça que j’ai été bercé par Rachmaninov ou Chopin par exemple.
J’ai ensuite fait du piano de 5 à 15 ans. C’est alors que j’ai alors découvert Nirvana et j’ai eu le choc de ma vie ! Du coup je me suis mis à la gratte jusqu’à 20 ans, pour revenir ensuite à mes premières amours : le piano. J’ai donc la chance d’avoir cette double culture : classique et rock.
Il y a du contraste et de la dualité dans cet album, on balance entre des moments très mélodiques et presque « valsants » superbement accompagnés par le piano et d’autres plus âpres avec ce « spoken word », une batterie qui se fait presque « martiale » parfois . On a aussi ce contraste saisissant entre la rugosité et la désespérance du chant et la douceur et la clarté du piano. Ou encore ces variations de rythmes entre des montées violentes et des passages plus calmes presque « doux », et d’autres qui peuvent se faire furieux ou dissonants. Qu’en pensez-vous ?
Tristan : on va rentrer dans les trucs un peu technique mais je fais beaucoup de 6-8. *
Hurler sur du piano romantique classique ne s’est peu ou pas fait. Mais ça été une « vraie » évidence pour nous dès la formation du groupe ! On ne s’est pas dit : « Waouh, on est des foufous, on va essayer quelque chose, on va voir ce que ça va donner. » C’était quelque chose de profond et d’émotionnel pour nous.
Et toi, Mathieu, justement, comment gères-tu ces contrastes et ces moments d’émotion ?
Matthieu : passer par ces dynamiques me permet de sortir d’autant plus d’énergie, de rage ou d’émotions dures, que si j’étais tout le temps « au taquet » ! Je peux m’inspirer de passages au piano plus ambiants pour faire ressortir ces contrastes et mettre en avant la rugosité du chant.
Et du coup est-ce qu’on peut dire que My Own Private Alaska est l’enfant adultérin des classiques romantiques et du metal?
Matthieu : on a toujours un peu peur avec ce terme de metal même si on appartient à cette grande famille. On en écoute, et on est programmés dans ces festivals. Ce monde est à 99 % ultra cool, bienveillant, cultivé, et on s’y sent bien. Mais qui dit metal dit aussi guitares ou quelques fois un petit peu de « volonté de démonstration de virilité ». Et on n’est pas là-dedans, on est plus aux confins du genre. Des personnes qui n’aiment pas cette musique nous ont souvent fait le compliment qu’on est le seul groupe de ce style qu’ils écoutent
Tristan : c’est très difficile de parler de sa propre musique. Notre problème est qu’il est compliqué de nous catégoriser parce que notre genre de musique est peu décrit, peu analysé. Ainsi les gens qui ont besoin de mettre des mots, de catégoriser, manquent de repères pour en parler. Mais tu peux parler des émotions et des mélodies.
Laure : tu peux aussi parler d’élégance et de puissance.

On va parler de votre artwork. Est-ce qu’il est volontairement dépouillé ?
Matthieu : Assurément ! On voulait faire quelque chose d’épuré et de simple. Ce visuel de néons, qui font référence à la lumière et qui sont posés de façon géométrique est assez inhabituel. Le plus important pour nous était que ce ne soit pas racoleur.
Tristan : Pour ma part, et ça peut paraitre prétentieux, je voulais faire passer le message selon lequel MOPA est dense que ce soit sur le fond ou sur la forme. Je voulais aussi faire ressortir le coté moderne avec l’arrivée du synthé basse.
Malgré ce côté épuré, il y a beau merdier quand même ! Sur le verso de la pochette, ça pendouille, il y a du vécu, il s’est passé quelque chose !
C’est peut être l’état dans lequel on ressort après avoir écouté votre album !
Tristan : C’est exactement ça !
On va parler du clip « Ka Ora », qui m’a fait penser à « Into The Wilde » avec cette nature sauvage et quand même un peu d’espoir.
Matthieu : « Ka Ora » ça signifie la vie !
Laure : quand j’ai mis en scène ce clip, j’avais cette idée d’avoir quand même une petite dose d’espoir, malgré cette thématique grave et lourde qui y est abordée ! J’ai essayé de traduire ce que j’avais lu dans le livre ** Tu peux être dans la solitude des grands espaces magnifiques et te retrouver toi-même à la fin grâce à la musique.
Avez-vous prévu des dates pour défendre cet album ?
Tristan : on va essayer de tourner en 2025.
Affaire à suivre donc !
* La mesure à 6/8 indique une durée de 6 croches par mesure. Le numérateur, 6, indique le nombre de temps contenu dans une mesure. Le dénominateur 8 indique la valeur des temps. Le 8 correspond à la croche.
** « Voyage au bout de la solitude » (Into the Wild pour le titre original), a été écrit par Jon Krakauer en 1996, et relate l’histoire réelle de Christopher McCandless.
Retouvez notre report à propos de leur concert à Toulouse : https://loudtv.net/my-own-private-alaska-et-kwoon-live-a-toulouse/
Retrouvez le groupe sur sa page facebook : https://www.facebook.com/myownprivatealaska





